‹ Poèmes de ProvenceChapitre 11 sur 103 · LA MORT DE L AÏEUL · texte numérisé non relu

LA MORT DE L AÏEUL

11 est mort accablé par l'âge et disant : « Dieu,

« Achevez-moi! Ma fille et toi, mon fils, adieu. »

Et puis il reprenait, gai : « Monsieur de Molière

« Aimait les médecins, mon fils, à ma manière;

« Us ne guérissent pas la vieillesse; la mort,

« Seule, sait tout guérir. » Le vieillard était fort;

Lent à s'éteindre, il fit dans le calme un long somme;

La mort en fut le rêve et prit enfin cet homme.

Le soleil souriait dehors, clair et content.

Il I

Puis, j'ai vu sur le seuil du jardin éclatant Une bière s'ouvrir, étroite et blanche couche. On descendit l'aïeul calme, entr'ouvrant la bouche, Vénérable, endormi dans le dernier sommeil, Et ses chers cheveux blancs se jouant au soleil.

Six rudes paysans, ôtant les blouses bleues, Pour porter le cercueil pesant durant deux lieues, Le prirent sur l'épaule, et d'un pas assuré Marchèrent devant moi sous le fardeau sacré.

Des profonds oliviers tout surchargés d'olives Autour de nous fuyaient les pinsons et les grives ; Pas de fleurs, mais partout la verdure; et la mer Au loin, réfléchissant la pureté de l'air.

On suivait en portant des branches de verveine...

J'ai moi-même verse sur lui la pelle pleine

De terre molle où luit le germe à découvert.

Il dort dans un recoin du cimetière vert.

Et le vent marin chante en traversant les arbres,

Provence, et ton soleil d'hiver chauffe les marbres.

La Caille, I(> octobre 187;!.

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