‹ Poèmes de ProvenceChapitre 14 sur 103 · LES CYPRES · texte numérisé non relu

LES CYPRES

Et que do fois j'ai vu, dans les murs de feuillage, Paraître tout à coup le curieux visage De petits vagabonds rouges et décoiffés!

L'ombre de nos cyprès est épaisse et charmante ; Ils connaissent le bruit des baisers de l'amante. Ils connaissent le rire et les chansons d'amour; Le gai pinson, autour de son nid, y voltige; La cigale se pose au fin bout de leur tige, Par les doux soirs d'été, pour voir mourir le jour.

Ils cachent de vieux bancs où vont s'asseoir les couples.

Ils sont fermes et droits avec des cimes souples,

Et leur fierté fut chère à Virgile rêvant ;

Théocrite avant lui les citait pour leur grâce,

Et tandis qu'il chantait : u Cueillons le jour ! » Horace

Par leur faîte onduleux jugeait l'effort du vent.

Comme un Oriental j'aime ces sveltes arbres,

Oui, même ceux qu'on voit debout entre des marbres,

Toujours jeunes et verts comme sont les lauriers,

EL je crois que nos morts, pourtant libres d'envie,

Doivent encor rêver des plaisirs de la vie,

Sous l'ombrage riant des cyprès familiers.

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