‹ Poèmes de ProvenceChapitre 16 sur 103 · ARLES · texte numérisé non relu

ARLES

Ruines, devant vous le passant cherche et songe; Est-ce la vie ou hien la mort, l'herbe qui ronge Vos murs qui tremblent à tous vents?

Sous les arceaux du cloître une servante alerte Vient pour emplir sa cruche au puits ; la cour déserte S'élonne du bruit de son pas...

— Toi, vieux puits, que sais-tu de la vie éternelle?

— « La corde lentement a détruit ma margelle,

Mais ma source ne tarit pas. »

Toi, cirque immense, où sont tes héros, tes athlètes Qui voyaient autour d'eux tant de milliers de tètes,

Tant d'yeux attentifs, tant de mains? — Deux colonnes, voilà ce qui subsiste encore Du théâtre où l'acteur sous le masque sonore

Rythmait les larges vers romains...

Quoi! tout serait-il mort? Rien n'est resté d'un monde? Taisons-nous, écoutons : cette terre féconde

Devient si dure en s'échauffant, Qu'émue au moindre choc elle sonne, elle vibre, Et qu'on entend lrémir son âme antique et libre

Même sous les pas d'un enfant.

Ne nommons pas la mort dans cette cité d'Arles Où tu grondes, ô Rhône! ô Mistral, où tu parles!

Où, sous l'azur toujours serein, Le taureau camarguais, dompté, mugit de honte, Où quand on met le pied sur la terre, il en monte

Comme un son de lyre d'airain !

Page 1