LA CUEILLETTE DES OLIVES
Novembre. Le vent d'Est pleure, et parmi les cieu\ S'amassent les brouillards tristes et pluvieux.
Les oliviers sont noirs d'olives, et l'on coupe
Des roseaux sur les bords du marais ; puis, en troupe,
Effrayant les gros-becs à grand bruit envolés,
Les travailleurs s'en vont à la cueillette. Allez,
Grimpez, garçons; chantez dans l'arbre et clans les bises.
On étale à vos pieds les vieilles toiles grises
Où tombe, sous les coups actifs de vos roseaux,
Le fruit noir qu'avant vous récoltaient les oiseaux.
« Acanez! » frappez sec; l'olive se détache,
Tombe, et sur les draps clairs ressort comme une tache,
Et deux, trois, dix, vingt, cent, il en pleut. Alentour,
Les filles (pue d'en haut l'on taquine d'amour
Cherchent les fruits tombés en dehors de la nappe.
Mais quoi donc ! les roseaux s'arrêtent ! Çà, qu'on frappe !
Ravivez le travail un moment ralenti....
Quelle récolte, enfants! les fleurs n'ont pas menti'
« Le roseau, disent-ils, est plus froid que du marbre. » C'est pourquoi par instants le bruit cesse dans l'arbre ; Le travail s'interrompt : ils soufflent dans leurs doigts. « Eh! disent ceux d'en bas, si vos roseaux sont froids, Braves gens, croyez-vous que l'olive soit tiède? Venez donc ramasser, descendez à notre aide, El vous allez sentir s'il fait chaud par ici ! La terre, où la rosée est de glace, a durci, Et nous pique les mains de mille coups d'aiguilles. » Mois les bons travailleurs laissent gémir les filles, Car le travail repris les réchauffe, et le vent Vient humide et malsain du côté du levant.
Puis lorsque, vers midi, la lumière enfin perce Le plafond nuageux qui s'ouvre et se disperse, Un instant le soleil fait croire aux travailleurs Qu'ils en sont revenus aux longs jours des chaleurs; Et plus d'un mois, propice aux joyeux bavardages, La cueillette chanteuse anime les feuillages.