‹ Poèmes de ProvenceChapitre 25 sur 103 · LE MISTRAL · texte numérisé non relu

LE MISTRAL

Les vagues à sa voix, follement remuées,

Uni sous le ciel serein des tempêtes d'azur,

Et la Fièvre aux yeux creux a peur de ses huées.

Quand la peste s'enfuit au gré de ce vent pur, Quand les miasmes s'en vont dispersés par sa rage, Qu'importe un homme pris sous la chute d'un mur!

Car terrible est sa force, et quand son cri sauvage

Retentit, on entend frissonner la maison ;

Les ponts tremblent; la mer s'éloigne du rivage,

Et rebroussant chemin les vaisseaux ont raison, Frémissants de la quille au bout du mât qui ploie, Ballottés et penchants, de fuir sous l'horizon....

Les Romains, qui tenaient le monde pour leur proie Et ne rencontraient pas sur terre de vainqueur, D'Arles jusques à Rome ouvrirent une voie.

Mais lorsque le Mistral, formidable et moqueur, Passait dans leur chemin de gloire et de conquête, Une terreur sacrée envahissait leur cœur.

Les ouvriers romains disaient courbant la tète : « C'est l'âme du pays qui gronde et, dans la nuit,

Renverse nos piliers d'un souffle de tempête

— « Circius est un dieu qui parle dans ce bruit, Car un dieu seul résiste à César qui s'avance... » Dit César. C'est alors qu'un temple fut construit

A Circius, au dieu maître de la Provence.

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