L AIOLI
V L'AIOLT
Nous ferons l'aïoli! c'est dit! Et chacun rète Du cabanon parmi les pins, près de la grève, Oïl, — tandis que les uns pèchent quelque poisson, La ligne en main, tirant trop souvent l'hameçon, Tandis que moins ardents les autres font un somme, - Le plus connu pour son adresse, le vieil homme Habile à bien broyer dans le mortier profond L'ail roux avec qui l'huile exquise se confond. Travaille, sans témoin qui le trouble et l'arrête. Son pilon régulier tourne, et penchant la tète, D'une main vigilante il broie, et l'autre main Verse l'huile qui coule et ressemble en chemin, Goutte à goutte épandue, à de l'or qui s'égrène.
Voilà ce que nos gars, en piochant dans la plaine, Itèvent pour les grands jours, car les jours de travail Ils mangent simplement leur pain dur frollé d'ail,
Et l'aïoli que l'huile adoucit, verte ou blonde,
Promet tout un festin où le légume abonde, ,
Où l'on peut voir parfois un bon plat de poissons.
Où s'il a plu, l'on a de beaux colimaçons
Que les enfants s'en vont chercher sous les feuille'es.
Dans les fenouils luisants et les sauges mouillées.
C'est pourquoi quand la foudre au lointain fait prévoir
L'eau qui les fait sortir de terre, l'on peut voir
Les paysans, avec d'expressives grimaces,
Se dire: « Eh, eh! voilà le tambour des limaces! »
MARSEILLE
MARSEILLE
La ville c'est le port, uù tout s'agite et crie, Où la vuile g aiment acepurt se reployer; Le <|uai, seuil de la mer et seuil de la patrie, Première marche, sûre et large, du loyer.
Venez là, sur le port : là, vous verrez Marseille; On respire l'odeur salubre du goudron ; Les rudes portefaix, l'anneau d'or à l'oreille. Vont et viennent déjà, gourmandes du patron.
La pipe aux dents, entre eux causent des capitaines ; Par des canaux en planche, aux sabords des vaisseaux. Pour nos greniers publics, comme l'eau des fontaines,, Ruisselle l'or des blés qu'on mesure à boisseaux.
La saine activité chante, gaie et féconde;
Un refrain du pays traverse ce fracas.
Hommes, chars et chevaux circulent; c'est un monde-
Tout s'y croise, s'y mêle, et ne se confond pas.
Les perroquets bavards des boutiques prochaines Imitent tous les cris qu'ils rendent plus stridents; Des voiles à sécher clapotent toutes pleines D'ombre et d'humidité dans leurs grands plis pendants.
Bras croisés, les patrons regardent d'un œil calme Le joyeux va-et-vient des bateaux aux maisons, Les sacs, les noirs tonneaux suintant l'huile de palme, Les trésors sains et saufs des lourdes cargaisons.
Les costumes divers se croisent dans la foule; La ruclfe humaine fait son murmure et son miel ; Au fond des cabarets bourdonnants le vin coule. Tout ce bruit des labeurs contents emplit le ciel.
Vers ce port, vers ce point de pays où nous sommes, Flamme au vent, émergeant sur la rondeur des eaux, De tous les horizons que connaissent les hommes A toute heure converge un peuple de vaisseaux.
MARSEILLE
Vous en verriez plusieurs, du haut de. la colline Qui dresse devant nous, dans l'azur du matin, Et qui montre aux bateaux nue le mistral incline Sa Notre-Dame d'or, espoir du port lointain.
Le cône large et bas de la colline nue, Où s'enroule un sentier rocailleux, apparaît Entre les mâts pressés, noirs et perçant la nue, Tout pareils aux ifs morts d'une triste forêt.
Mais le soleil est gai, qui par-dessus flamboie; 11 plante au bout des mâts des fers de lance d'or. Au cœur de la cité cependant, avec joie, Le commerce en rumeur suppute son trésor.
domptes, calculs sans fin de l'aurore aux étoiles. Le soir vient. La cité revoit dans le sommeil De lourds vaisseaux penchés gagnant à pleines voiles Son port plein de travail, de bruit et de soleil.