MIGNON
Enfin les orangers sont là, couverts de Heurs!... Mais tout le jour Mignon se tient assise en pleurs
Devant la mer aux blanches voiles, Et | il us pâle, le soir, et plus languissamment Elle rêve, les yeux perdus au firmament,
De son retour dans les étoiles!
NICE
Nice, trop petite naguère, S'agrandit, libre de tout mur, Ni port marchand, ni porl de guerre, Toute blanehe au bord de l'azur.
Nice a pour orgueil d'être blanche Dès que luit le soleil levant; Les vaisseaux vont à Villefranche Qui veulent s'abriter du vent.
Son quai nouveau n'est qu'une plage.
Qu'importe un navire en danger?
Pourvu que dans son vert feuillage Blanchisse sa fleur d'oranger;
NICE
Pourvu que le brick de plaisance, Le brick élancé de mylord, Lui du moins, tienne avec aisance Dans le cadre étroit de son port.
Qu'importe l'active pensée, Et le travail aux mille bruits?
Par le chnnt des vagues bercée, Nice dort, pâli' dans les nuits.
Là viennent les gens >, chloroses Voir les violettes s'ouvrir :
Au soleil, en de molles poses.
Les heureux viennent y mourir.
Les boyards, les Anglais, leurs femmes.
Jettent l'or pour voir son soleil, Qui jette, lui, l'or de ses flammes Dans le Paillon, ruisseau vermeil.
Monaco d'ailleurs est si proche !
La roulette est un jeu tentant, Et l'on court y vider sa poche :
Montrer son or. c'est l'important.
104 POÈMES DE PBOVENCE
Pour vous, amoureux et poètes, Allez voir ce rivage blanc; Dans les chemins, les violettes- Répandent un parfum troublant.
Vous que rien de trop n'embarrasse, les vrais heureux, vous, la nuit, Allez sur la longue terrasse Solitaire, où la lune luit.
Elle s'étend sur les toits même De plusieurs maisons de niveau, Au bord des flots où la nuit sème Les fleurs de feu de son manteau.
La terrasse offre à tout le monde L'accueil de ses grands escaliers ; rêveurs, race vagabonde, Nice a des toits hospitaliers.
Là, sur la maison endormie, Au murmure charmant des eaux, Rêve l'ami près de l'amie, Légers comme un couple d'oiseaux.
AjMKflMMH
NICE
Là, derrière nous, s'endort Nice, Et les collines d'alentour Ont parfumé le vent, qui plisse L'onde frissonnante d'amour.
voyageurs, sur quelles grèves Trouverez-vous un ciel pareil, Durant la nuit si plein de rêves Et le jour si plein de soleil?
LES MAYES
Premier mai, souvenir charmant, boutons ouverts !
La querelle des nids emplit les chênes verts.
L'épine disparaît sous le fouillis des roses.
Dans la haie, où les fleurs du jasmin sont écloses,
Un frais et monstrueux chardon s'épanouit.
La montagne respire, et tout se réjouit,
Et, comme un champ ses fleurs, la ville dès l'aurore
Voit nos Reines de Mai, souriantes, éclore
Sur le seuil des maisons où se chauffe l'aïeul.
Allez, enfants, cueillir la rose et le glaïeul,
Apportez du lilas et de la clématite,
L'ardent coquelicot, la pâle marguerite,
Les lis droits et si blancs, les jaunes boutons d'or;
Cueillez tout; le soleil en fera naître encor.
LES MAYES
Ils reviennent, portant des bouquets à main pleine; La plus jolie enfant devient alors la Reine : La Maye, en robe blanche aux plis bien arrangés, Est assise, les pieds sur un siège allonges ; On dirait, à la voir ainsi de blanc velue.
Sans mouvement, muette et roide, une statue.
On la couvre de (leurs. Bleu, jaune, vert, carmin, La constellent. Elle a des fleurs dans chaque main ; Chaque pli de sa robe en garde une poignée; Sa jeune chevelure est de (leurs couronnée.
Des pieds jusqu'à la tète un voile en tulle blanc L'enveloppe el lui (ail comme un nimbe tremblant : On voit la Heine en fleurs à travers ce nuage, Et sur sa blancheur pure, emblème de son âge, Les (leurs semblent dormir sur la neige des monts. Mais sur la neige même elles disent : Aimons !
« Pour la Reine ! » murmure une petite fille Qui vous tend l'escarcelle où sa fortune brille : D'autres quêtent de même, el c'est pourquoi, le soir, Sur les seuils parfumés on les verra s'asseoir, Et, l'appétit riant sur les lèvres vermeilles, Manger en bourdonnant comme font les abeilles.... Souvenirs! Souvenirs! Provence d'autrefois!
païenne, pays latin et sol gaulois!
108 POÈMES DE PHOVENCE
Dis, vieux Nostradanius, d'où vient cette coutume?
Jadis, et dans ce mois où la colline fume,
Nubile, se voilant d'un nuage amoureux,
Où Pan tressaille et gronde au fond des antres creux
Et se lamente, fou des baisers de l'aurore,
Où dans la (leur le fruit en germe s'élabore,
Nos pères, qui fêtaient le renouveau divin,
Fêtaient surtout la vigne en sève, espoir du vin :
Et, lorsque se montrait la pâle fleur d'ivresse.
Tous ces Ioniens, le cœur plein d'allégresse,
Aux premiers jours de mai, songeaient dès le réveil
« Voici la joie en (leur : fais-la mûrir, soleil ! »
Et les Mayes alors, de pampres couronnées,
Chantaient le doux printemps et leurs belles années,
Car les Mayes étaient des filles de seize ans
Qui, sous les oripeaux et les bijoux luisants,
Sous les fleurs en couronne, en bouquets, en guirlande,
Echangeaient un baiser sonnant pour une offrande
Dont on faisait, le soir venu, de gais repas.
Ah ! certes, le passant ne se refusait pas,
Et les Mayes, ayant, belles entre les belles,
Les fiancés jaloux qui veillaient autour d'elles,
Égayaient les chemins, à chaque carrefour.
LES MAYES
Vierges en ileurs, espoir des vendanges d'amour !
Lors, c'était sous l'amas confus des feuilles vertes Qui laissait voir l'éclat des gorges entr'ouyertes, C'était dans les chansons, les parfums, les couleurs. Au doux fredon des luths, les Bacchantes des fleurs, Et, comme les vieux ceps la sève sous l'écorce, Nos durs aïeux sentaient leur jeunesse et leur force.