U MAYE D'AVRIL
La rue, un jour d'avril, était presque déserte.
Un vent marnais, terreur de Ja campagne verte,
Frappait l'angle des murs avec d'étranges cris.
Tout à coup, au détour d'une place, surpris,
En ce matin d'avril terrible à la Provence,
Je vois, humble et rieuse, une enfant qui s'avance ;
El, sa sébile en main, du ton accoutumé
La quêteuse m'a dit : « Pour la reine de mai ».
Assise un peu plus loin, blanche sous de longs voiles Où quelques Heurs dus champs l'ont un semis d'étoiles, La Reine, sans bouger, lière en n'apercevant, Fillette aux longs cheveux, frissonne aux coups du vent. Moi, sans croire attrister celte candeur sereine : « On n'est qu'au mois d'avril ! Tu n'es pas une Reine! » Mais à ce mot l'enfant, tout près de fondre en pleurs r « Je suis Reine de mai ! Je suis Heine des fleurs !