‹ Poèmes de ProvenceChapitre 57 sur 103 · LES SEUILS · texte numérisé non relu

LES SEUILS

Les soirs d'été, sous les mûriers où l'on s'attable

On reste après souper, l'air étant délectable,

Pour oublier l'ardeur et les travaux du jour.

La fillette et le gars qui se parlent d'amour,

Assis auprès du seuil sur le vieux banc de pierre,

Échangent par instants (on est là sans lumière)

Un baiser bien l'urtif qui fait, si bref qu'il soit,

Se retourner l'aïeul indulgent dont le doigt

ISourre distraitement la pipe accoutumée.

Le gars en badinant pince la bien-aimée

Qui lui dit : « J'ai les bras tout bleus ! » Mais lui : « Voyons? »

Les cigales des clairs de lune (les grillons) Jettent leur bruit d'élytre a la lune opaline Qu'à demi cache encor le baul de la colline.

La chaleur du soleil dont tout s'est pénétré S'exhale, cl par moment vient un soulle altéré

Qui fait boulier un peu les chemises de toile. Parfois les amoureux se montrent une étoile.

Qu'un voisin attardé passe, il leur dit : « Bonsoir, Vous prenez donc le frais? - Oui, l'ami, viens t asseoir. » H s'assied et Ton trinque. souffles, ô murmures! Le ciel tout constellé brille sous les ramures, Et les paysans, l'œil aux astres, pipe en main, Songent silencieux au soleil de demain.

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