LA BOUILLE-AP.ATSSE
« Embarque, les amis! c'est dimanche demain :
— La dame-jeanne ici! — Pousse. — Donne la main.
— As-tu le pain? — Bon ça ! — Garçon, largue les voiles ! »
Le ciel est comme un champ plein d'un semis d'étoiles; N'est-ce pas, paysans qui, le samedi soir, Par un beau temps, fendez le flot bleuâtre et noir. Et, traînant vos filets dans les vagues profondes. Cherchez la bouille-abaisse en fuite sous les ondes ! Le grand filet plombé racle le fond de l'eau, ,
Ramassant ou courbant l'algue comme un râteau, Et le poisson surpris s'embrouille dans la maille; Mais le fond montucux par instant le tiraille, Et l'aviron ne peut l'arracher sans le vent.
La brise souffle donc et les pousse en avant;
Et l'un baigne sa main au fil du frais sillage, L'autre fume sa pipe en regardant la plage, Et ceux-ci sur le banc qui les berce étendus Fredonnent de vieux airs, les yeux au ciel perdus.
Un souvenir du jour, nuits d'été, vous colore;
Nuits trop courtes! Voici déjà la blanche aurore;
Le sommeil flotte, vague, amortissant les voix.
Le filet se retire et s'emplit plusieurs fois.
(i Regarde faséyer, petit, le point d'amure :
Le vent mollit, ramons !» — Et dans un grand murmure
La barque file, ayant ses avirons armés,
Qui, rapide;! et forts, coupent les flots calmés.
Obliquant tous ensemble, à peine sans secousse
Ont-ils plongé dans l'eau qui résiste et repousse
Qu'on les revoit soudain, horizontaux encor,
Emperlés et frangés de gouttelettes d'or !
La mer rit au soleil. Les côtes se font proches,
Et des groupes amis s'avançant sur les roches
Appellent : « Avez-vous bonne pêche? — Oui. — Non. »
On hèle le patron affairé par son nom :
« Patron Yincent! » Mais lui : « Barre à tribord, prends garde!
— A terre ! — Les paniers ici ! » Chacun regarde :
i« C'est beaucoup. Non, c'est peu. - Voyons ! - Tout est vivant ! »
Les porteurs du panier trop plein marchent devant,
Et sur la longue table, à l'abri de la treille,