‹ Poèmes de ProvenceChapitre 59 sur 103 · LA BOUILLE-ABAISSE · texte numérisé non relu

LA BOUILLE-ABAISSE

On a posé bientôt et vidé la corbeille,

Pendant que les pêcheurs, à l'ombre des mûriers,

Dorment avec leurs bras croisés pour oreillers.

trésors ruisselants de la mer indulgente !

Ce sont les loups zébrés dont le ventre s'argenle;

La girolle, rayée en long de bleu, de vert

Et d'orangé; le crabe affreux au croc ouvert;

La langouste aux anneaux polis, aux tons de laque,

Et dont la queue au ventre est repliée et claque;

La sole plate et mince, et le rouquier qui sent

Les rochers sous lesquels dans l'algue il va glissant ;

La rascasse méchante au dos qui se hérisse ;

Et tout cela se tord, bondit, ondoie et glisse,

Étranges arcs-en-ciel mouillés et radieux,

Prismes éblouissants de nageoires et d'yeux.

En plein air, le chaudron où le poisson fourmille

Sur un trépied géant fume, et le feu pétille,

Sans relâche nourri de ceps et de sarments.

Le thym nage sur l'huile, et des bouillonnements

Annonceront bientôt la houille-abaisse prête.

La table sous la treille a pris un air de fête.

La bouteille sourit et les couverts d'étain

Prennent, grâce au soleil, un éclat argentin.

— Çà, le chaudron bouillonne ; accourez, qu'on l'enlève !

Cuisiniers, éveillez les dormeurs de leur rêve, Et qu'on dévore enfin de la bouche et des yeux Le mets chéri, le plat consacre des aïeux, D'où s'exhale l'odeur des collines, et celle De la hier qui là-bas au soleil étincelle.

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