V AIX
Entre les payés d'Aix germe et croit l'herbe verte. Aix ressemble à la cour spacieuse et déserte
D'un vieux manoir abandonné.
La mort discrète y donne une fête au silence. C'est bien là la cité comtale de Provence,
Le Versailles du roi René.
Dans ses places, à peine un étranger qui rôde; Au milieu de son Cours sa fontaine d'eau chaude*
Coule et fume dans le soleil.
An bout de ce Cours large et vert qu'elle décore Ta statue, ô bon roi Kene', commande encore
Aix qui murmure en son sommeil.
Car l'Ecole de droit tout entière sommeille; L'étudiant y prête une indolente oreille
Au professeur, qui parle bas.
L'huissier crie au Palais : « Silence! » La cour Mille, L'avocat va plaidant! le greffier écrivaille;
L'accusé lui seul ne dort pas.
Et cependant qu'au fond des salles se prolonge Ce long murmure, alors l'ancienne ville songe
Comme un vieillard au coin du feu, Qui berce sa pensée au chant de la bouilloire... Elle revoit alors tout son passé de gloire,
Ses cours d'amour, sa Fête-Dieu.
Abbé de la Jeunesse et roi de la Basoche,
Prince d'Amour, debout! en avant, fifre et cloche!
Frémissez, tambourins joyeux !
Et la procession des fantômes gambade, Et pour voir défiler la sainte mascarade
Les murs prennent de vagues yeux.
La reine de Saba, Moïse et les apôtres Passent. Les chevaux « frux » les uns contre les autres Se poussent, s'attaquent cabrés,