LE PONT DU DEPIT
Au rendez-vous, sur ce pont où le frisson erre, Je fus hier; et j'y sombrais dans le brouillard. Parfois la nuit houleuse, en le croissant lunaire, Laissait voir un profil de satyre paillard,
Quand, de Paris émoustillé dans la pénombre, Un million de voix m'arrivaient dire bas L'ironique refrain d'embrassements sans nombre. — Pourquoi ne venais-tu donc pas ?
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D'abord ma passion, buveuse inassouvie, S'enivra d'un joyeux apéritif d'espoir.
Je me sentais mourir le cœur d'excès de vie, Dans l'évocation instante du beau soir
Où, l'être secoué par un délice immense, Pour la première fois je refermai mes bras Sur votre déité conquise à ma démence.
— Pourquoi ne venais-tu donc pas ?
Et la Seine, à mes pieds, entraînait en silence Son flot tragique vers les lames de la mer ; Le vent funèbre, avec des hurles d'insolence, Bousculait les flocons du brouillard dans l'éther !
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Sur l'horizon hanté d'ombres phosphorescentes Je me tendis, au guet de chaque bruit de pas : Rien de vous n'émergeait des visions passantes. — Pourquoi ne venais-tu donc pas?
Soudain l'airain tinta, tinta, tinta dix heures Aux campaniles, aux beffrois, crevant les cieux, Brisant l'espoir, tandis qu'allant vers leurs demeures Des couples satisfaits passaient facétieux.
Ce fut alors fatal. Les dolentes idées M'inondèrent l'esprit, tant qu'aussitôt ce glas Ma rancœur se fondait en larmes débordées. — Pourquoi ne venais-tu donc pas?
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Puis la réflexion hagarde, avec ses limes, Façonna cette angoisse où, chu le dernier pleur, Vint s'installer le spleen qui par ses deuils intimes Acière de poisons les glaives du malheur.
Gomme, front bas, je le scrutais de regards fixes, Le fleuve apitoyé m'indiqua le trépas Glauque des immergés au royaume des Nixes... — Pourquoi ne venais-tu donc pas?
On ne meurt pas toujours quand on se suicide, Madame... Un ciel pâmé d'aurore exquisément S'étirait par delà les toits, qu'il élucide, Quand la raison survint. Or, je ne sais comment
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Cela se fit : rentré bien seul, close ma porte, Dormant enfin, sur la blancheur tiède des draps Vous m'apparûtes froide et, plus qu'un marbre, morte. — Mais pourquoi ne vintes-vous pas ?
Aujourd'hui, tout le long des heures, sur la table D'honneur j'ai disséqué mes souvenirs de vous ; Et, comme la substance en était détestable, Ces tronçons de cadavre ont rejoint les égoûts.
Dès à présent je cours, léger du sacrifice, Rire de l'âme vers de plus constants appas, Il en est, décorant un moindre maléfice. — Mais pourquoi ne vintes-vous pas?
Le Pont du Dépit
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Traîtresse ! Désormais, sans qu'un cil ne me bouge,
Je fixerai l'astre défunt de votre corps.
Si votre face alors se colorait de rouge,
Je n'y verrais que le mensonge du remords ;
Car, putain, vous avez à ma chaleur sincère Trop servi de la farce amoureuse en repas. Il ne faut plus, démon, que ta griffe m'ulcère. — Mais pourquoi ne venais-tu pas ?
Pourtant sur toutes les splendeurs de la nature J'avais élu ta chair de robuste clarté, Lac d'ambre où mon vouloir, érigeant sa mâture, Arrimé de vigueur, voguait en volupté ;
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Où mon désir, barrant avec d'énormes fièvres, Les nuits d'orage, sur un ciel lourd de soûlas Etoilait tes deux seins mieux phare que tes lèvres. — 0 pourquoi ne vins-tu donc pas ?
Au vrai, tu ne le pus, venir ; et je rabâche. Mais, du dépit ce pont de pourquois est franchi, Pardonne : voici que s'assied en mon front lâche L'effroi du songe eu, ce matin mal assagi.
Tu vis. Je t'aime à me tuer pour toi, cher ange ! De n'être hier au rendez-vous tu regrettas ; Et, demain, sur mon cœur coupablement étrange, Je t'aurai Mienne. — N'est-ce pas ?
LESTOMPE
Flou mieux que n'est pas un Lancret, Se devrait d'être ce portrait :
— Son souris est une allégresse Où, distraite, dort la détresse Lointaine d'un bonheur discret.
L'alambic de son œil bistré Concrète une onde de paresse Dans l'éveil d'or d'un vin abstrait.
Flou.
1J Estompe 7 l
Est-ce la neige d'un regret Qui choit sur l'estival secret De sa mine tant charmeresse ?
0 renaître sous sa caresse, A fin d'un trépas de tigre et Flou!