‹ Poèmes décadents, 1883-1895Chapitre 17 sur 32 · VOTRE DAME · texte numérisé non relu

VOTRE DAME

Ta femme ne vaut pas qu'on la veuille jolie, Moderne Adam qui l'ornes comme vœu mystique, Sur ce fragment de nous érigeant le portique D'un temple fastueux sans style de folie !

Même son sacrilice, en la rancœur polie Du deuil d'elle, en ta foi borgne de bon sceptique, Pour pleurs n'équivaudrait celui de ta boutique, Négociant Adam haussé par la poulie

Votre Dame 83

Des poivres, qui sont mieux excitants de luxure Que le plus chaud baiser, la moins molle morsure De cette Eve sans liane ni mamelles de mère,

Faux rien de chair germé dans le limon factice D'un enclos où la flore est toute clouce-amère, N'a de parfums d'odeur, n'a de vertus de vice I

D'amante convenue épouse : ce serait

Une inutilité vitrinable d'objet

Qui marche, ciel ! et jacte en aigreurs au sujet

De tout sans y devoir, encombre de son gré

Le champ de nos calculs, irritant d'un regret L'horizon tôt trahi du dormeur préjugé Où tu la garderas, sot Adam qu'à cœur j'ai, Fervent en lâches patiences de malgré.

84 Votre Dame

Un avorton n'ayant pâture à son corset,

Si, grâce aux seins d'une autre, un fils te florissait,

Tu la verrais, ton Eve, extravaguer l'orgueil

De chiffons sur la peau morne du bébé vieux, Qui, victime d'empois, s'en irait au cercueil Par un soupir vers la nounou, sa maman mieux.

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