L'ARBRE DE MON DESTIN
Dans le passé, rien que remords. /
Pour le présent, pas une obole.
Le futur, c'est un discobole Me visant de guignons le corps.
Saurai-je, en ce cas, mettre un mors Au libre jeu de ma parole ? Dans ce passé rien qu'en remords, Par ce présent sans une obole,
32 L'Arbre de mon Destin
Il m'en est vraiment trop né morts D'espoirs, dont feuillage est symbole.
Aucun fruit d'aucune corolle Ne doit poindre aux rameaux de torts D'un tronc de temps tout en remords.
A STEPHANE MALLARME
Grand œuvre d'idéal et cordial monument, Le poème, au fini chanteur de son mystère, Est un miracle où l'âme en feu se désaltère De ses fluants reflets complus de diamant.
Sons et couleurs, parfums, formes, expressément Confondus pour un nombre envolé de chimère, Sur le verbe ainsi chair, du bas de l'heure amère Projettent dans l'espace un reposoii clément,
36 A Stéphane Mallarmé
Il conçut Dieu, qui créa l'homme ; la nature
Toute fleurit l'essor de son architecture
Aux murs de strophe illuminés du mot-vitrail,
Et de son vers le bloc s'avivant de peintures Fut, d'un style, gravé par plus ardu travail Que le carrare de triomphantes sculptures.