‹ Poèmes décadents, 1883-1895Chapitre 26 sur 32 · VOEU D'ENFER · texte numérisé non relu

VOEU D'ENFER

Si pauvre, ah ! puisqu'il faut que le poète perde Dans l'honneur tout espoir de nimbe sérieux, J'irai, rimeur sinistre et traître envers les cieux, Tordre mon chant où rit la honte dans la merde.

Lyre, ma lyre, tu seras ma tirelire ;

Et ne flanches à mendier thune ou louis,

Je te pendrais au cou du crime pour que l'ire

De tes cordes bandée explose : Je jouis !

114 Vœu d'Enfer

Assez, non, vrai, d'absinthe et trop de ces bibines Dont s'illunait la nuit bête de nos débines ! Veuillons, souple et fourré, serpent et léopard,

Aller du sang d'un luxe enfin sous la batiste

Boire terriblement notre conquise part.

Mes doigts preneurs déjà s'éclairent d'améthyste.

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