‹ Poèmes décadents, 1883-1895Chapitre 25 sur 32 · ÏAMBE · texte numérisé non relu

ÏAMBE

Vivre ! quand la vie est l'inexorable bagne Où les poètes enchaînés,

Sous la Sottise que l'Egoïsme accompagne, Traînent le boulet d'être nés.

... Les viscères de l'homme et son front de négoce Nourrissent de leur venaison

La lâcheté géante au glissement atroce

Qu'on voit commander J'horizon.

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Si cet homme parfois dans sa honte se dresse,

C'est afin qu'une tour Eiffel Outrage les splendeurs stellairesen détresse

Parmi le naufrage du ciel.

Ses cités sont des lieux où fermentent sans cesse Les poisons de tout l'excrément

Moral qu'a pu laisser choir son ignoble fesse, Dysentérique infiniment ;

Où l'habitacle étroit s'étage autour des temples Du Veau d'or, Bourses ou Crédits,

Braque mille yeux dont les convoitises sont amples A ne jalouser que bandits ;

Où la rue est l'égoùt charriant toutes boues

Fières de putréfaction, Qui chassent les santés aux radieuses joues,

Du fouet de leur infection...

ïambe

Vivre ! quand la vie est l'insupportable bagne

Où les poètes enchaînés, Sous la Puanteur que la Laideur accompagne,

Traînent le boulet d'être nés.

. . . L'écho des luths profonds et de la lyre acute, Sous le choc des doigts superflus,

Au métal de l'Honneur point ne se repercute, L'on est de fange et rien de plus...

Vivre! quand la vie est l'insupportable bagne

Où les poètes enchaînés, Sous la Bassesse que la Sottise accompagne,

Traînent le boulet d'être nés.

... Puisque tu m'as jeté dans cette geôle obscure,

0 contact géniteur fâcheux !

Puisque, maman ! ton sein n'eut pour mes soifs la cure

D'un lait de malheur courageux ;

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Puisque, bourré d'effarement sous vos férules,

Educateurs à préjugés !

Mou esprit ne saurait concréter que scrupules,

Remords mangés et remangés,

Et qu'ainsi, ruminant de mœurs où rien n'attriste Tant que l'allégresse des sons,

Tout au plus je puis être, en chantant, le choriste Mauvais dont bâillent les façons ;

Puisque, jusqu'à mourir, il faut être la proie

De soi dans la docilité, Secouer ses fers sans que jamais une joie

Se promeuve à la liberté ;

Puisqu'à toujours féal, l'Art doit plier l'échiné

Sous l'éthique des Epiciers :

0 monde, espace, temps, sociale machine,

Fonctionnement des métiers,

Î12 Ïambe

Je vous maudis en Dieu, maudis pour vos victoires

Et vos conquêtes, maudis dans Vos fruits qu'un demain peut, au dessert des histoires,

Croquer à. mémorables dents !...

Vivre ! quand la vie est l'inexorable bagne

Où les poètes enchaînés, Sous l'Egoïsme que la Terreur accompagne,

Traînent le boulet d'être nés.

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