‹ Poëmes dramatiques d'Alexandre PouchkineChapitre 40 sur 53 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

(Une chambre dans le térem du kniaz.)

LA KN1AGUIGNA et SA NOURRICE.

LA KNIAGU1GNA.

Oh !... le cor a sonné.... Non, il ne revient pas. Ah! nourrice, tant qu’il était mon fiancé, il ne s’éloignait point d’un pas, il ne me quittait point des yeux. Depuis le mariage, tout a changé. Maintenant il me réveille avant le jour pour faire seller son cheval, et Dieu sait où il reste jusqu’à la nuit. Et quand il revient, c’est à peine s’il me dit une parole caressante, à peine s’il touche d’une main distraite mon blanc visage.

LA NOURRICE

Ah ! ma petite Kniaguigna, un homme est

comme un coq, il fait cocorico , bat deux coups d’ailes, et le voilà loin. Tandis que la femme est comme une pauvre poule : tiens-toi assise sur ton panier, et couve tes poussins. Un homme — tant que ça est un fiancé, ça ne dort ni ne boit, ça n’a pas assez d’yeux pour vous regarder. Dès que c’est marié, voilà les soucis qui viennent de toutes parts. Tantôt les voisins qu’il faut visiter, tantôt les faucons qu’il faut mener à la chasse ; ou bien encore le diable les pousse à la guerre. Us ont bien le temps de rester à la maison !

LA KNIAGUIGNA.

Qu’en penses-tu ? N’aurait-il pas quelque secrète blessure au cœur?

LA NOURRICE

Tais-toi, ne renie pas Dieu : qui pourrait s’égaler à toi? Tu as tout, beauté, esprit, et lu sais bien tous les usages. Penses-y toi — môme, ma petite mère ; où pourrait-il trouver un trésor tel que toi ?

LA KNIAGUIGNA.

Si Dieu avait voulu écouter mes prières, s’il m’avait donné des enfants, j’aurais bien

LA ROUSSÀLKA.

su le rappeler à moi. Ah!... la cour est pleine de chasseurs Mon mari est de re-

tour à la maison. Pourquoi ne le vois-je point. (Entre un écuyer.') Où est le kniaz?

l’écuyer.

Le kniaz nous a ordonné de revenir à la maison.

LA KMAGUIGNA.

Où est-il lui-même ?

l’écuyer.

Il est resté seul sur les bords du Dnieper.

LA KMAGUIGNA.

Et vous avez osé laisser là, seul, votre maître? Voilà de fidèles serviteurs ! Retournez à l’instant, retournez au galop, et diteslui que c’est moi qui vous envoie. ( L’écuyer sort.) Ah! grand Dieu, seul, la nuit, dans la forêt où peuvent errer une bête féroce, un méchant homme ou l’esprit des bois. Nourrice, va vite allumer un cierge devant les saintes images.

LA NOURRICE

J’y cours, ma lumière, j’y cours.

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