MENUET D'AUTOMNE
Les asters et les véroniques, «^ de leurs corolles sans parfums, — laissent tomber sur les parterres — où d'autres fleurs ne s'ouvrent plus — la tristesse mystique et lente des adieux.
Mauve tendre et vert alangui, — leurs teintes vagues s'harmonisent •— aux ciels lavés du prime automne, — à la souriante langueur — des beaux jours près de s'envoler.
Bouquets de souvenir et non bouquets de deuil, — l'or violent des chrysanthèmes, — le sang pourpré des dahlias, — n'altèrent point leur éclat doux.
En mineur, d'une voix éteinte — et sur un mode atténué, — les asters et les véroniques, — au vent fraîchi qui les caresse, — marmonnent des refrains d'adieux.
62 POÎ^.MES ÉLÉGIAQUES
C'est la saison prestigieuse — où les arbres portent des feuilles — de topazes et de rubis, — où la grive crie à travers — les pampres fauves adornés — de rutilante orfèvrerie.
En ses corbeilles débordantes, — Octobre entasse à pleines mains — les présents des chasseurs et ceux des vignerons.
Sous les courtines jaune pâle — de [leurs ultimes floraisons, — en un dernier baiser, les roses — solemnisent leurs noces d'or.
La terre se pâme, enivrée, — et célèbre une fête encore — avant d'entrer dans le silence — et la paix noire de Thiver.
Demain, les martinets frileux — avec les feuilles arrachées — s'envoleront à tire-d'aile ; — demain, les bises hiémales — sangloteront parmi les bois...
Mauve tendre et vert alangui, — sur les platesbandes fanées, — les asters et les véroniques — chantent, mezzo voce^ la chanson des adieux.
ÉPIORAMMES (3