‹ Poèmes élégiaques (volume 2)Chapitre 14 sur 72 · STANCES POUR LE NOUVEL AN · texte numérisé non relu

STANCES POUR LE NOUVEL AN

La belle dame de Paris Trottine par le brouillard gris Du matin, à pas de souris.

Son manchon de loutre ou d'hermine Sur son nez rose, elle chemine D'une façon leste et gamine.

Le trottoir est un lac gelé Où son talon ensorcelé Semble un papillon sur le blé.

Point d'atours ni de fanfreluches ; Mais, pour braver les coqueluches, La gamme des sombres peluches.

POèlIlSS ^LéGIÀQUES

La voilette rouge, sur ses Cheveux d*avoine mal lissés, Met des tons de pourpre foncés.

Les Gljmènes et les Zerlines,

Sur les potiches zinzolines,

Du môme air croquent des pfalines.

La printanière blondeur De sa gorgerette a l'odeur Amène de Vlris-powder,

Et son fin museau de belette Rit à soilhait pour la palette De Frag^onard ou de Willette <

Depuis le Gymnase, où renaît, Chaque soir, monsieur George Ohnet, Jusque au Gaulois y on la connaît.

Les honlmés g'ravesi par centaineB»

Gantent leurs plus belles mitaines, Pour escorter ses prétantaines»

ÉPiaiiAMMËS 65

Et, surgissant on â« sait d'où, Ce vieux coUfôUf de gcuillêdou, Le Soleil, vient baiser son côUi

Or, cette dame qui s'avance Est celle qui, pour redevance, Nous apporté deuil ou chevattce.

Au gui Tan neuf t Le houx en fleuri De Christmas à la Chandeleur^ S'épanouit) ensorceleur^

Les Rois des terres levantines Aux Percherons chantent matines Et subornent les Valentines.

La bûche flambe. Au gui Tan neuf I

Tel un oisillon de son œuf.

L'heure s'échappe. Trois ! six I neuf !

Douze I Et la flamme ranimée.

A travers la rose fumée.

Exhale une âme parfumée.

66 poèmes élégiaquks

L'Espérance donne du cor Et, sur l'acier qui vibre encor, Fait tinter son cothurne d*or.

0 madame la Jeune Année, Par vous me soit encor donnée Une fleur de ma fleur fanée I

Pour avoir repos et soûlas, Faites germer en mon cœur las Un regain des premiers lilas !

ÉPIGRAMMES 67

ÉPIGRAMME

Gomme un cygne qui dort au pied de la montagne, Avec ses blés mûris, ses prés de velours vert, Et ses blanches maisons dont le seuil entr'ouvèrt Laisse filtrer des chants que TAdour accompagne.

La ville des baisers, Bagnère, aux vents du soir Livre sa nudité de nymphe et de baigneuse. Les paroles d'amour sur sa lèvre rieuse, Pareilles à de blonds ramiers, viennent s'asseoir.

Tempée et le Lignon n'ont pas d'ombres plus fraîches Que ses tilleuls fleuris d'où pleuvent des parfums : Ah ! vos rires perdus, filles aux sourcils bruns, Dont la bouche eut Todeur enivrante des pêches 1

68 poiMBS élAgiaques

PROSOPOPÉE DE TOULOUSE (f)

C'est moi, la ville du Soleil : je suis Toulouse, Blanche et rose sous le flot noir de mes cheveux. Ma Garonne d'azur que l'Univers jalouse Chante un hymne d'espoir et d'éternels aveux.

Le long des murs de brique, en l'illustre prairie Où brille encor le temple auguste d*Apollon, Son onde bienveillante et de roses fleurie Endort le jeune dieu riant sous ses crins blonds.

Je suis Toulouse chère à Pallas et je garde, Loin du troupeau sans âme et des rois odieux, Comme un lis etalté sur la foule hagarde. Le culte de la Vie et des antiques Dieux.

(i) Poème récité p«r M«* Verjny-Gholcy, âa IhéAtra dés Variétés (le Toulouse, le 5 mars 1 897.

àplQKkUMEê 69

J*ai chanté la Jeunesse et la gloire Féconde Et, quand le Christ vainqueur eut souffleté l'Amour, Pour éclairer sa nuit et refleurir le Monde, J'éveillai doucement le luth des troubadours.

JLa lumière divine et tutélaire embrase Mes remparts, et je vais, loin des cloîtres malsains, Par les sentiers fleuri» de treilles, et j'écrase Sur mon sein marmoral la pourpre des raisins.

Les nocturnes amants, sonneurs de sérénades, Sous les tilleuls qu'argenté une chaude clarté, Éparpillent, le soir, devers mes promenades. Un cantique d'orgueil, de force et de gaîté.

Toujours, à mon appel, se dressent les poètes. L'éternelle Beauté qui n'a jamais pâli D'un rameau fraternel a couronné vos têtes, Maîtres harmonieux, Silvestre et Goudouli !

Et vous tous, curieux d'art et de poésie, Toulousains, chers enfants grandis à mes genoux^ Je vous salue, ô foule ingénue et choisie : Athéniens du Languedoc ! Salut à vous I

•yO POÈMES ÉLEGIAQUeS

ODELETTE HIÉMALE

La neïge a rompu, ce matin, Les murs de satume et d'étain Où s'enfermaient ses cataractes.

Elle défeuille lentement Des roses froides, endormant Tout sous sa fourrure compacte.

Les rouges-gorges affolés, Désertant les buissons gelés, Cherchent un toit qui les protège.

Silence et deuil, mort et blancheur I La ville dort sous la fraîcheur Assoupissante de la neige.

Il faut boire et, sur le foyer, Poser, afin de s'égayer, Les sarments d'où jaillit la flamme, Attiser, loin de tout bruit vain.

Le feu vermeil et, dans le vin, Réchauffer son corps et son âme.

SaÎDte-Marie-de-CainpajQ, décembre i883.

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7^ rOEMRS ÉLÉGIAQUËS

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