‹ Poèmes élégiaques (volume 2)Chapitre 28 sur 72 · LE CHANT DE GLAUCOS · texte numérisé non relu

LE CHANT DE GLAUCOS

A Casimir Destrem.

La Mer ! comme elle est bleue, au loin, la mer sonore ! La plaine harmonieuse et que ne déshonore Jamais le pied tremblant des hommes au cœur bas, La Mer qui, dans le calme ou dans les durs combats De la tempête, garde une âme inspiratrice, La Mer impétueuse et douce est la nourrice Des Dieux.

La Mer, avec ses écumes, ses cris, Ses hurlements, ses épouvantes, ses débris, Est Faug'uste mamelle où vient boire le Monde. Plus que les champs couverts de blés, elle est féconde Et ses ji^ouffres, au sol de nacre et de coraux, Ses lames où le vent creuse des soupiraux Gardent, comme une fleur à tous les yeux ravie, La fermentation énorme de la vie.

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La Mer est belle et semble, au bord du ciel changeant. Un poisson monstrueux aux écailles d'argent. La Mer est belle.

Avec amour, le ciel la baise Quand, sombre ou reluisante ainsi qu'une fournaise. Elle prête au Soleil Tabtme de ses flots.

La Mer, pour les plongeurs et pour les matelots, A des sourires clairs et des baisers sans nombre. Je l'aime !

Cet amour est éclos avec l'ombre, Avec Tombre a grandi silencieusement, Lorsque impubère encore et, près des flots dormant, Je sentais, à mon front, de ses glauques vallées, Monter languissamment des haleines salées.

0 Thalassal Thétjs ! Calme divinité Qui règnes dans la paix et dans l'immensité, Bienfaisante ! si j'ai rêvé ce chaste rêve De m'incarner en un dieu des eaux, sur la grève* Moi qui, pasteur, paissais, jadis, au pied des monts* Les farouches troupeaux nourris de goémons, C'est pour m'unir à toi,Déesse ! O Bienheureuse I Qui te montres et fuis, quand la vague se creuse, Avec tes seins de perle et tes squammes d'or vert. Oui, je veux m'élancer dans le gouffre entr'ouverlj Comme les goélands et comme les poètes. A force d'écouter la plainte des mouettes

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Qui se bercent, au loin, blanches sur les flots bleus, Mon cœur est plein de fièvre et de désirs houleux. Tel un ormeau que la tempête déracine, Je penche vers le glauque azur qui me fascine, Mes jours vers Thalassa courent comme un torrent.

Ce soir, je descendrai sur la grève, implorant^ A rheure d*or où Séléné touche les cimes, Votre clémence, Déités des purs abîmes.

Là, dépouillant les jouTs et les espoirs déçus, Lentement, j'ôterai ma robe de bysays; Le souffle de Thétjs gonflera mes narines Et je m'endormirai sous les algues marines*

Toi qui, vers ton déclin, marches, éclaboussant L'azur de clairs métaux couleur d'ambre et de sang, Maître du jour et de la flamme expiatoire, Titan dont les Saisons affirment la victoire, Juvénile dompteur qui te plais aux travaux Glorieux de t,gs blancs et féroces chevaux, Hypérion I Soleil ! Archer I Roi des espaces I Je te salue encore, avant que tu t'effaces Et que la molle Nyx ombre le ciel vermeil : Je ne te verrai pas, demain I Salut, Soleil I A présent, reçois-moi dans tes ondes tentantes, Déesse au péplos bleu I

Les tiges palpitantes Des blêmes tamaris déclinent vers les bords.

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Telle descend vers toi Tâme des enfants morts Dans le désir de ton étreinte insidieuse.

Je vais à toi t

Pourtant, sous le frêne et Tyeuse, Des vierges aux bras purs, belles comme tes eaux, Entrelacent leurs chœurs à l'ombre des roseaux ; Mon chien noir garde encor mes génisses sauvages, Et, dans la plaine, loin de tes mornes rivages, Il est un toit discret, de pampres embaumé. Où je peux abriter mes jours, sûr d'être aimé, Une maison tranquille où, sous les vignes blondes. Voltigent, par essaims, les abeilles fécondes. Où ma mère, ce soir, en m'apprêtant ses bras. Regardera longtemps si je ne reviens pas.

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