MÉTEMPSYCOSE
Vous souvient-il encor des jours de l'Arcadie, Lorsque nous nous aimions sous les grands lauriers verts ? Des pampres rou lassaient votre gorge hardie, Et, la main dans la main, nous récitions des vers : Vous souvient-il encor des jours de TArcadie î
La tunique aux plis droits moulait votre beauté. Les rhythmes ioniens sur vos lèvres fleuries Voltigeaient et, le soir, les ramiers d'Astarté Groupaient à vos pieds blancs leurs blanches théories. La tunique aux plis droits moulait votre beauté.
Le mystère des mers dormait en vos prunelles,
Comme une perle éclose au fond des gouffres bleus.
Et le ciel rayonnait de clartés éternelles,
Et vous étiez déesse aux âges fabuleux.
Le mvstère des mers dormait en vos prunelles.
POÈMES éLéaiÀQUES
Car vous êtes la sœur des lointaines Sapphos, Prêtresse inviolée aux paroles sonores.
Le Temps a pu coucher les herbes sous sa faux, Et les tombes verdir, et mourir les aurores : En vous chante Torgueii des lointaines Saphos.
En vous brûle un rayon de cette aube'première Où les lèvres en fleur s'inébriaient d'amour, Où Tazur virginal, dans sa blonde lumière , Baignait des marbres saints Tharmonieux contour. Vous souvient-il encor de cette aube première ?
Vous souvient-il encor que vous m'avez aimé. Près des fleuves sacrés, parmi les lauriers roses, A l'heure où, coruscant dans l'éther embrumé, Hesper, le doux soleil, épand ses flammes roses ? Vous souvient-il encor que vous m'avez aimé ?
0 vous, que j'implorai du fond de ma détresse, Me serez-vous plus douce à rêver qu'autrefois. Sous le tiède soleil des plaines de la Grèce, Nos baisers ont fleuri dans l'ombre des grands bois ? Vous que j'implore en vain du fond de ma détresse I
RÊVE ANTIQUE 128
MARMOREUM CARMEN
Tous les tons les plus doux du blanc, depuis Topale Qui se veine d'azur comme un sein plein de lait, Jusqu'à l'ivoire vert, jusqu'au jaune très pâle Des nénuphars mourant sur Tétang violet ;
Tous les tons les plus doux du blanc, sur tes épaules S'abattent, comme un vol d'amoureux g'oëlands. La chasteté des lis et la douleur des saules Ruissellent de ton ventre au bord de tes pieds blancs.
Ainsi tu vas chantant la chanson innommée Des neiges, du Paros givré de diamants : Et le sobre contour de ta poitrine aimée flst un temple fleuri de blancs enchantements.
1^4 POÈMKS ÉLÉGIAQUES
Seul, tel qu'un chaud soleil baîg'Qant une statue, L'ambre de tes cheveux ondule sur ta chair, Et de fauves rayons crible ta grâce nue De baigneuse accroupie au bord des fleuves clairs.
Et cette âpre toison où le désir s'égare Brûle sur ta beauté comme un rouge flambeau. Ou comme l'or vermeil dont un sculpteur barbare Empourpre un marbre grec pour le faire plus beau.
Ktvt ANTIQUE
SONNET
Ton col surgit du sein comme une tour d'ivoire, Jeune homme ! Les anneaux sombres de tes cheveux Flottent sur sa pâleur, liquides et plus bleus Que la Nuit aux yeux d'or, en sa robe de moire.
Sous le maigre habit noir, tes flancs purs et nerveux Des marbres consacrés éternisent la gloire : Et ta bouche sanglante est le tiède ciboire Où revit la senteur des chrêmes fabuleux.
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126 POÈMES ÉLÉGUQUES
Ton beau corps cependant, aux lignes cadencées, Jamais n'assouvira Tamour des fiancées : Tes larges jeux, pareils aux gouttesMe la mer,
Ne descendront jamais de leurs ciels poétiques
Où révent, fraternels, les éphèbes antiques
Et Narcisse au g^rand cœur qui mourut de s'aimer.
RÊVE ÀNTIQUB I27