LA PORTE DE UÉGUSE
La porte de Téglise est pour toujours fermée^ Mignonne ; nos baisers ne s'y cacheront plus, Comme des nids d'oiseaux furtifs sous la ramée : De nos belles amours les derniers vers sont lus.
Tu ne me diras plus ces mots tant doux que l'ombre Amicale faisait vibrer parmi les soirs, Et qui montaient, unis à travers la nef sombre Au mystique parfum tombé des encensoirs.
Je ne sentirai plus ta chevelure blonde
S'épancher sous mes doigts au bruit des saints concerts
Et le vitrail de pourpre et d'or où surabonde
La flamme, s'éteindra le long des murs déserts.
Je ne te verrai plus tremblante et radieuse, A rheure où le soleil meurt dans les cieux cuivrés, Entrer avec la nuit dans Tenceinte pieuse D'où vers le ciel nos cœurs s'envolaient enivrés.
Ce beau rêve entrevu dans nos saisons premières^ Qui s*exhala du nid par un matin d'avril, Et qui n'a pu durer jusqu'aux roses trémières, Ce beau rêve d'un jour, un jour renaîtra-t-il?
Kenaîtra-t-il un jour^ mignonne, de sa cendre? Ne redira-t^il plus son lied mélodieux, Et sur le noir coffret de bois de palissandre Faut-il mettre le sceau des éternels adieux?
Hélas! tel est le sort de toute amour humaine, De s'éteindre bientôt dans l'azur incertain : Le caprice d'un jour, qui loin de moi t'emmène, IR'est rien moins qu'un arrêt sans appel du Destin.
Oui, la Joie ici-bas ne fait pas sa demeure.
Tu le sais ; et, pareille à la fleur du cactus,
Ne s'ouvre qu'une fois et ne fleurit qu'une heure
Dans nos cœurs, noirs écueils par la douleur battus.
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LB JARDIN DES RI-IVES 23
Adieu donc, toi qui fus jadis ma bien-aimée, Et qu'emporte à présent quelque lointain reflux... La porte de Téglise est pour toujours fermée : De nos belles amours les derniers vers sont lus.
a4 POÀMES ÉLiGIAQUBf
SONNET
Telle, renouvelant sous le duvet des cygnes Des trésors de beauté qu'eût adorés Scyllis, Vous faites refleurir en vos formes insignes L'orgueilleuse blancheur des marbres et des lis.
Et ceux qui blasphémaient l'orgueil divin des lignes
Se tournent vers l'autel des cultes abolis,
Vers les Dieux couronnés de myrthes et de vignes,
Les Dieux toujours vainqueurs du Temps et de l'Oublié
LE JARDIN DKS RÊVES s5
Et les poètes saints que la Lyre caresse
Vous chantent, ô trésor de grâce, charmeresse !
Car, malgré nos hideurs et nos férocités.
Malgré qu'un peuple vil et fou les déshonore, Dans Tâme des chanteurs et dans l'azur sonore, Les Dieux ne sont pas morts. Vous^les ressuscitez.
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26 POÈMES ÉLÛGIXQVES