‹ Poèmes élégiaques (volume 2)Chapitre 38 sur 72 · CHŒUR DES FOLLETS · texte numérisé non relu

CHŒUR DES FOLLETS

Dans le bois en feu, Papillonne un bleu

Phosphore.

Au chant des grelots Bondit main galop

Sonore,

I<^4 POÈMES éLÉGlAQUES

Profil de rebec, Membres tortus^ bec

De cane, Sifflotant leurs lais En chœur,les follets

Ricanent.

Les chauves-souris Mêlent à leurs cris

Des plaintes, Quand, sous les buissons.

Les fulgores sont

Eteintes.

Sur la brande en fleur.

L'essaim querelleur

S'élance, Et des verts marais Déchire le frais Silence.

Au bord du fossé, Voyageur lassé

Qui doutes, Suis nos lampes d'or î Vers l'ombre et la mort, En route I

NEMOROSA Jeune homme ! la forêt s'est peuplée à ma voix D'Etres mystérieux et redoutables. Vois I Le Feu, TAir et les Eaux, la Terre, ont des génies Par qui bientôt seront tes audaces punies ; La Source dans les joncs babille méchamment.

LA FOnÊT l55

CHŒUA DES ELFES

Toi qui passes dans la nuit, Inquiet au moindre bruit, Vainement tu te dérobes.

Sous la lune du printemps, Court, aux francs-bords de Tétang^ L'ourlet mouillé de nos robes.

Verveines, épis barbus !

Suis, par les sentiers herbus, Le vol des robes nacrées.

Nous dansons comme un oiseau A la pointe des roseaux Et sur les reines-des-prées.

' La sauge est en fleurs I Suis-nous 1 Viens dormir. Les lits sont doux Que fleurissent des pervenches.

Passe tes bras à mon col, Tandis que le rossignol Pleure sous les vertes branches.

PIERRE Je brave leur colère et tes enchantements.

nëmorosa Par pitié pour toi-môme, arrête, sacrilège ! Epargne la forêt sainte qui te protège. Douce comme Taube et calme comme le soir. Suspends ton crime, un jour encore ! Viens t'asseoir Près de Tormeau qui t'accueillait aux heures chaudes. Rappelle-toi le bon dormir et Témeraude Palpitante du vert feuillage, en plein été.

l56 POèMES ÂLéoiAQUES

PIERRE Non I d'un cœur valeureux et d'un bras conforté, Je porterai la hache au cœur de ton mystère. Place au Travail ! C'est lui qui règne sur la terre. O Njmphe ! devant lui disparais à ton tour. Je brave ton courroux.

NEMOROSA

Braveras-tu l'amour ?

Frappe, si tu le veux, mais non pas sans m'entendrc. Je t'aime, le sais-tu ? d'un amour fauve et tendre, Homme qui chez les Dieux par moi seras admis I Mes arbres, mes halliers, mes gaults te sont amis . Je t'ai versé le baume enivrant de mes feuilles, Rappelle-toi. ! L'amour terrestre que tu cueilles Loin de moi, c'est par moi qu'a fleuri sa vigueur. Je t'aime I Prends ma bouche et mes seins I Prends mon cœur! Prends-moi i Buvons le flot de la sève épandue. Je t'aime ! Fais que soit ma prière entendue, Amant roi qui, dans l'ombre où j'espérai longtemps, Vas unir ta jeunesse à mon divin printemps, Et, plus beau, quitte enfin du labeur qui ravale, Essaimer en mes flancs la race triomphale Des poètes et des guerriers libérateurs. Suis-moi dans les bosquets pleins de chaudes senteurs. Il est des coins perdus que nul rayon n'éclaire. Là, sous un dôme épais de branches tutélaires, Vierge dénouant pour toi mes ceintures, l'or De mes cheveux pareils aux blés de messidor

LA FORÊT 167

Embaumera d'été les campagnes prochaines .

Viens ! nous aurons des fils nobles comme des chênes,

Fermes et doux, prenant les hommes en pitié.

Tu vivras dans la paix silvestre, délié

Des vains soucis, des lois, des Dieux, libre, sauvage,

Et couronné de fleurs, et hors de l'esclavage

Qui dompte sous le joug tes frères insensés.

PIERRE 0 Reine de mes premiers vœux ! Fée entrevue Dans la brume lointaine et dans les jours passés I

Toi qui fuyais comme la nue, Mon impalpable amour, est-ce toi ? Viens ! endors. Emporte-moi dans tes bras ! Viens ! Transmue En douceur les regrets d'autrefois, le remords, Tout, jusqu'au souvenir dé l'œuvre interrompue !

Enchante l'heure qui s'enfuit I Emmène-moi sous les ombrages Divins où s'apaise le bruit Des hommes I Endors mon courage Dans le repos d'une éternelle nuit !

Enlace-moi de tes ronces, de tes lianes I Fais que je m'enracine au fond du bois, ainsi Que tes chênes sacrés, ô sœur de Viviane , Guéris-moi du labeur et de l'humain souci I

NEM0R08A II est à nous I Liez ses bras de vertes chaînes, Lierres vagabonds, roseaux, volubilis,

l58 POèuES éLÉGlAQUES

Viens, 6 moo bien-aimé I l'asseoir parmi les lis Et les pâles rameaux des languides troiënes. Sur les mousses en fleurs de la grotte prochaine Dans la nuit éternelle où je règne !

Pendant ces derniers vers on perçoit, confos d'abord, puis croissant peu à peu, les cantiques de la procession. Elle approche. Les voix s'enflent. Bientôt le chœur s'engage par le sentier cache sous la haie de rosiers. Dominant sur le plain -chant des hommes et des femmes, très distinctement, la voix de Jeanne.

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