DEUXIÈME FRAGMENT
NBMOROSA
Tu ne porteras pas la main sur la forêt!
Ignorant, jusqu'ici, les pièges, les secrets Du lieu divin, tu n'en connais que les voix douces. Nous t'aimions! Mais sais-tu quels pas courbent les mousses Quand la lune fumeuse et tragique descend. Tète coupée, k Thorizon, quels flots de sang Empourprent les taillis obscurs et les bruyères Quand, au bord du ruisseau, les blêmes Lavandières Frappent de leurs battoirs le suaire des morts, Quand TOndine équivoque et le Nain aux pieds tors Vont arrachant les mandragores impudiques? Les bois sacrés sont pleins de choses fatidiques Et d'embûches pour qui les profane.
PIEIUIE
Tu crois, M'intimider avec des paroles. Chansons De Fée et vous, appels des nuits solliciteuses Que l'on entend parfois au crépuscule, mon Orgueil se rit de vous et des brouillards funestes Où s'égarent encor pâtres et vagabonds.
La forêt appartient à Thomme. Je suis roi Des Nymphes et des Dieux qui vivent sous Técorce. Place à l'homme porteur de la cognée!
LA FORâT l53
NEMOROSA
Esprits Des buissons, des halliers, des fontaines dormantes Sous les myosotis et les nymphéas I Mantes, Guetteuses, vers le soir, des taillis mal famés ! Dames blanches I Lutins! Ondines, qui tramez Pour le lac assoupi des écharpes de brumes I Khobolds, forgeant le fer et Tor sur vos enclumes I Nixes, qui dérobez, au fond des clairs bassins, Parmi les nénufars, la blancheur de vos seins, Vos seins pareils comme eux à des coupes d'albâtre ! Salamandres I Ondins I Laisserez-vous abattre La sylve maternelle où furent vos autels?
PIERRE Que dis-tu ?
NEMOROSA
Les esprits entendent mon appel.
Une rumeur approche ; des cris bizarres, des miaulements, des rires étouffés. En même temps que la musique eu devient plus nette, le jour^ peu à peu, s'assombrit. Des éclairs livides; parfois, un roulement d^orage. A travers les arbres, flamboie et tombe la lueur verdâtre des Follets. Vague et flottante d'abord, leur mélodie éclate sur les bruits épars dans Tombre.