CHŒUR
BSPRITS DES EAUX
L'étang d'un bleu froid dort parmi les herbes, Sous le noir plantain et le souchet vert. On dirait, parmi les roseaux superbes Et les saules nains, un œil entr'ouvert.
Le soleil coucbant verse des feux roses Sur l'eau morte où croît le blanc nénufar, Où le vent moqueur efiPeuille des roses: Valsons I 11 est tard.
Nous saurons les mots dont le coeur s'étonne. Comme un air d'amour fredonné tout bas. En les écoutant, par les soirs d'automne, Le petit berger ralentit ses pas.
La hulotte pleure ; improuvant nos danses, Le hibou revêche a fait ses gros yeux : Mais la lune d'or se meut en cadence Et rit dans les cieux.
La nuit est d'argent, la source limpide, Les Elfes d'amour tendent leurs beaux bras : Suis près de l'étang la ronde intrépide. Entre dans le chœur I Viens, tu resteras.
LA PROCESSION dans le loinUin.
Chorea casia virginam, Vo8,parparati martyres, Orate pro nobist Les Yoiz décroissent lentement. Derrière le bûcheron, les Dryades
LA FORÊT l6l
pea à peu se sont groupées . A leur signe, des arbres ont enyahi la scène, végétant sous les yeux du spectateur, étendant leurs frondaisons, intriquant leurs rameaux, joignant à gauche la haie de rosiers. 11 ne reste d'espace libre qu'au bord de l'étang. La Dryade mystérieuse du Cyprès a rejeté son voile. C'est, drapée du suaire des trépassés, la Mort pâle et souveraine. Sur un geste qu'elle fait, les Esprits des Eaux sortent du marécage.s'empressent autour de Pierre, forment un cercle infranchissable, saisissent les mains du bûcheron et le mènent vers l'étang. Pierre s'est laissé conduire sur les bords de l'eau bleuâtre. Les roseaux s'écartent lentement. Il suit la ronde légère des Nixes,des Ondines, sous les regards méchants des Esprits forestiers. La ronde passe et tourbillonne sur la nappe miroitante. Fasciné, Pierre avance, mais à peine pose-t-il le pied sur la berge, que le sol manque sous ses pas. Coups de tonnerre. Obscurité. Des formes rampantes, nains verdâtres, crapauds monstrueux, spectres de noyés dans leur linceul humide, viennent du bois ou sortent du marais. Dans la nuit où se confondent les broussailles et les arbres on devine encore sous le fût blanchâtre du platane, implacable, vengée et satisfaite, Nemorosa,qui regarde les yeux tout grands ouverts.
PIERRE 8*est repris. Il lutte désespérément contre les fantômes qui s'e£Porcent de le plonger dans le marais.
A moi I Je ne veux pas mourir sous Feau mauvaise 1
LA PROCESSION, au loin.
Sancia Maria!