‹ Poèmes élégiaques (volume 2)Chapitre 55 sur 72 · LES FLEURS D'OPHÉLIE · texte numérisé non relu

LES FLEURS D'OPHÉLIE

A Stéphane Mailarmé,

Sweets to Ibe sweet.. , And from her fair and unpolluted flf«h, May violets spring!...

Fleurssur fleur I fleurs d'élé, fleurs de printemps,fleurs blêmes

De novembre épanchant la rancœur des adieux.

Et, dans les joncs tressés, les fauves chrysanthèmes;

Les lotus réservés pour la table des dieux ;

Les lis hautains, parmi les touffes d'amarantes,

Dressant avec orgueil leurs thyrses radieux ;

Les roses de Noël aux pâleurs transparentes, Et puis toutes les fleurs éprises des tombeaux ; Violettes des morts, fougères odorantes.

Asphodèles, soleils héraldiques et beaux,

Mandrag'ores criant d'une voix surhumaine

Au pied des gibets noirs que hantent les corbeaux.

Fleurs sur fleur I Effeuillez des fleurs! Que Ton promène Des encensoirs fleuris sur le tertre où, là-bas, Dort Ophélie avec Rowena de Tremaine.

Amour ! Amour ! et sur leurs fronts que tu courbas Fais ruisseler la pourpre extatique des roses, Pareille au sang* joyeux versé dans les combats .

Jadis elles chantaient, vierges aux blondeurs roses, Les Amantes des jours qui ne renaîtront plus, Sous leurs habits tissus d'ors fins et d'argyroses.

O lointaine douceur des printemps révolus ! Épanouissement auroral des Idées !

Porte du ciel offerte aux lèvres des élus I

Les vierges, à présent, mortes ou possédées.

Sont loin 1 bien loin!. L'espoir est tombé de nos cœurs.

Telles d'un arbre mort les branches émondées :

Et rOmbre, et les Regrets, et l'Oubli sont vainqueurs.

206 POÈMES itéGIAQUES

A travers les iris et les joncs, Ophélie Abandonne son âme aux murmures berceurs Du fleuve seul témoin de sa mélancolie.

Et voici qu'au fond des verdâtres épaisseurs Tintent confusément des barpes cristallines Attirantes avec leurs rjthmes obsesseurs.

L'or di£Fus du soleil empourpre les collines Par delà le cbàteau d'Ëlseneur et les tours Qu'assombrissent déjà les ténèbres félines.

La Nuit féline dans sa robe de velours

Berce les eaux, les vais profonds et les ciels mornes,

Et des saules noueux estompe les contours.

Et les nuag-es roux du ponant sont des mornes Où grimpent, lance au poing*, d'atroces cavaliers Ëperonnant le vol furieux des licornes.

Or la Dame qui rêve aux serments oubliés Marmonne un virelai très ancien. La démence Élargit sur son front \e^ deuils multipliés.

Fleurs sur fleur ! Des sano^lots éteignent sa romance, Tandis que, les cheveux couronnés de jasmin. Elle s'incline vers les joncs du fleuve immense.

Les Nixes, près du bord, lui montrent le chemin, Et, calme, au fil de Tonde, en les glauques prairies Elle descend avec des bleuets dans la main.

Les fleurs palustres sur ses paupières meurtries Poseront le dictame adoré du sommeil, Dans des jardins de nacre au sol de pierreries.

Sous les porches d'azur où jamais le soleil

Ne dore des galets la candeur ivoirine,

Sous les nymphéas blancs teintés de sang vermeil.

Ophélie a fermé ses yeux d'aigue-marine.

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NOÉL TRISTE

In natale Salvatoris Angelorum nostra choris

Succinat condilio :

Harmonia diversorum, Sed in unum redactorum,

Dulcis est connexio.

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