‹ Poèmes élégiaquesChapitre 5 sur 48 · LA PORTE DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

LA PORTE DE L'ÉGLISE

La porte de l'église est pour toujours fermée^ Mig'uonne ; nos baisers ne s'y cacherout plus, Comme des nids d'oiseaux furtifs sous la ramée : De nos belles amours les derniers vers sont lus.

Tu ne me diras plus ces mots tant doux que l'ombre Amicale faisait vibrer parmi les soirs.

Et qui montaient, unis à travers la nef sombre Au mystique parfum tombé des encensoirs.

Je ne sentirai plus ta chevelure blonde

S'épancher sous mes doigts au bruit des saints concerts

Et le vitrail de pourpre et d'or où surabonde

La flamme, s'éteindra le long des murs déserts*

22 POÈMES ÉLÉaiAQUES

Je ne te verrai plus tremblante et radieuse, A rheure où le soleil meurt dans les cieux cuivrés. Entrer avec la nuit dans Tenceînte pieuse D'où vers le ciel nos cœurs s'envolaient enivrés.

Ce beau rêve entrevu dans nos saisons premières> Qui s'exhala du nid par un matin d'avril, Et qui n'a pu durer jusqu'aux roses trémières, Ce beau rêve d'un jour, un jour renaîtra-t-il?

Renaîtra-t-il un jour, mignonne, de sa cendre? Ne redira-t*il plus son lied mélodieux, Et sur le noir cofiFret de bois de palissandre Faut-il mettre le sceau des éternels adieux ?

Hélas! tel est le sort de toute amour humaine. De s'éteindre bientôt dans l'azur incertain : Le caprice d'un jour, qui loin de moi t'emmène, N'est rien moins qu'un arrêt sans appel du Destin.

Oui, la Joie ici-bas ne fait pas sa demeure,

Tu le sais ; et, pareille à la fleur du cactus,

Ne s'ouvre qu'une fois et ne fleurit qu'une heure

Dans nos cœurs, noirs écueils par la douleur battus.

LE JARDIN DES RlirES 23

Adieu donc, toi qui fus jadis ma bien-aimée, Et qu'emporte à présent quelque lointain reflux... La porte de Téglise est pour toujours fermée : De nos belles amours les derniers vers sont lus.

24 POBMKS ilLÉGIAQUES

SONNET

Telle, renouvelant sous le duvet des cygnes Des trésors de beauté qu*eût adorés Scyllis, Vous faites refleurir en vos formes insignes L'orgueilleuse blancheur des marbres et des lis.

Et ceux qui blasphémaient l'orgueil divin des lignes

Se tournent vers Tautel des cultes abolis,

Vers les Dieux couronnés de myrthes et de vignes,

Les Dieux toujours vainqueurs du Temps et de l'Oubli*

LE JARDIN DKS RÊVES a5

Et les poètes saints que la Lyre caresse

Vous chantent, ô trésor de grâce, charmeresse !

Car, malgré nos hideurs et nos férocités,

Malgpré qu'un peuple vil et fou les déshonore, Dans Tâme des chanteurs et dans Tazur sonore, Les Dieux ne sont pas morts. Vous^les ressuscitez.

POÉHBS ÉLiciAQUBS

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