‹ PoèmesChapitre 52 sur 53 · LES LIVRES · texte numérisé non relu

LES LIVRES

Les chats d'ébène et d'or ont traversé le soir.

« Au dessus de la vie et des formes, dans l'air

Non remué jamais de la pensée abstraite,

Point immatériel, inaccessible et clair,

Elée avait, jusques au faîte,

Hissé le songe et l'unité d'un Dieu.

La matière? qui donc y jettera les sondes?

L'être immense, absolu, total,

Emplit de son unique éternité les mondes.

Les sages blancs, assis sur la montagne blanche,

Ne voient même jamais d'éclair, lointainement.

Tomber vers eux, par à travers le firmament.

Tellement haut se darde son rayonnement. »

Les chats d'ébène et d'or ont traversé le soir, Avec des bruits stridents de vrille et de fermoir.

« Et lucides cristaux suspendus sur la mer Discordante des figures et apparences, Dans l'immobilité de leurs fixes essences, Les lucides cristaux scintillaient sur la mer Et ses vagues, vers l'infini échaffaudées. C'étaient, Platon, tes purs orgueils d'idées De qui se réclamait, pour à l'instant finir. Le monde inconsistant et bref du Devenir.

Les chats d'ébène et d'or ont traversé le soir, Avec des bruits stridents de vrille et de fermoir Et des griffes, en l'air, vers les étoiles.

« Gomme une grotte d'yeux et d'oreilles, ouverts A des splendeurs myriadaires.

LES FLAMBEAUX NOIRS jgfj

Les sens braquent leurs feux rouges et solidaires, Par à travers les faits, jusques à la pensée. La mémoire compare, agence et resplendit. L'idée éclate — et la certitude dressée, En mât d'orgueil sur des voiliers de nuit, Monte à l'assaut des mers des univers.

El long rêveur et front ravagé de science, Epicure darde ces vérités, A travers des siècles de patience. Vers notre ivresse d'absurdités. »

Les chats débène et d'or ont traversé le soir, Avec des bruits stridents de vrille et de fermoir, Avec des bruits de vis et de coupoir.

Et leurs griffes, en l'air, vers les étoiles.

« Reposez-vous d'errer pauvres cerveaux antiques.

En l'église du dogme et de l'extase, ici.

Sans qu'un sophisme éclate en la pensée, ainsi

Que sur des lins pieux les ors asiatiques. Les paradis chrétiens, verrières de splendeur, Brûlent^ de leurs feax clairs, les murailles nocturnes Laissez croire les yeux, laissez pleurer les urnes Divinement de la croyance sur le cœur, La neigeuse raison gèle le doux mystère Du bon Jésus pasteur qui s'en revient, là-bas, Par les jardins, avec ses pauvres agneaux las ; Laissez croire l'amour et la raison se taire. »

Les chats d'ébène et d'or ont traversé le soir Avec des bruits de vrille, de vis et de fermoir, Les chats peignés d'un vent de flamme Ont traversé^ de part en part mon âme.

« Penser, même douter que l'on pense, c'est être. Première! au jour intérieur, cette fenêtre. L'idée éclot innée, elle se scrute, insiste;

L'infini se conçoit : donc il existe,

Et Dieu ne trompe pas l'homme sur l'univers.

Mais l'âme humaine encore gothique

Maintient le corps que rongeront les vers

Ainsi qu'un instrument sous son doigté mystique »

Les chats d'ébène en flamme

Ont traversé, de part en part, mon âme,

Gomme des rages de vent noir

Et des tempêtes dans le soir

Et des chocs de marées.

Immensément, désespérées.

« La raison invariable et fatale,

Debout, dans le cerveau, à toutes ses issues,

Préside à l'expérience brutale

Et la fixe d'après des formes pi'éconçues,

Elle se scrute et se juge préexistante

Aux sens à l'entendement.

Elle a sa vie et sa splendeur patente

Elle est la reine, et vers son étincellement

Marchent les critiques et les philosophies »

Les chats d'ébène et d'or ont traversé le soir,

Avec des cris de vis et de fermoir.

Ils ont griffé mon cœur et le miroir

De mes yeux clairs vers les étoiles ;

Ils ont mordu, jusques au sang.

Mon rêve atrocement agonisant,

Ils ont mordu mon cœur et mon rêve et mes moelles

Les chats d'ébène et d'or

Ont déchiré mon cœur à mort.

« Et fleur dernière en la forêt des êtres,

Après des millions de jours épars

En semailles vers les hasards,

L'homme se greffe clair sur ses humbles ancêtres

Et lent, s épanouit en suprêmes cerveaux. Matériel pourtant et de même substance Que l'univers qui s'ignore dans l'existence Et se roule, par l'infini des renouveaux, Dites, vers quels seuils de nocturnes tombeaux? Et des mondes encore et puis des mondes Tournent autour de lui leurs mutuels flambeaux^ Et l'homme est l'égaré de leurs routes profondes Et le perdu de leur immensité.

Les chats en noir ont traversé le soir, Quand le moulin des maladies, Fauchait le vent des incendies, Eperdument, sa voile au nord.

Lorsque j'étais celui qui se casse la tête Aux blocs d'hiver de la tempête Et qui recommence, toujours.

Sa même mort de tous les jours.

Hélas! ces tours de ronde de l'infini, le soir,

Et ces courbes et ces spirales

El cette terreur, tout à coup,

Gomme une corde au cou,

Sans aucun cri, sans aucun râle.

Lorsque soudain les noirs chats d'or

Se sont assis sur ma muraille

Et m'ont fixé de leurs grands yeux,

Comme des fous silencieux.

Si longuement fixé de leur mystère,

Avec de telles pointes de clous,

Que j'en reste béant, avec des trous.

Dans ma tête réfractaire.

Morne de moi, fini dessor.

Hagard — mais regardant encor

Les yeux des chats d'ébène et d'or.

Sous ce funèbre ciel de piein'e, Voûté d'ébène et de métaux, Voici se taire les marteaux Et s'illustrer la nuit plénière, Voici se taire les marteaux Qui l'ont bâtie, avec splendeur, Dans le cristal et la lumière.

Tel qu'un morceau de gel sculpté, Immensément morte, la lune, Sans bruit au loin, ni sans aucune

Nuée autour de sa clarté, Immensément morte, la lune.

Parée en son grand cercueil d'or Descend les escaliers du Nord.

Le cortège Tierge et placide Reflète son voyage astral.

Dans les miroirs d'un lac lustral Et d'une plage translucide; Reflète son voyage astral Vers les dalles et les tombeaux D'une chapelle de flambeaux.

Sous ce ciel fixe de lagune, Orné d'ébène et de flambeaux.

Voici passer, vers les tombeaux, Les funérailles de la lune.

FINALE

FINALE

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