LA MORTE
En sa robe, couleur de feu et de poison. Le cadavre de ma raison Traîne sur la Tamise.
Des ponts de bronze, où les wagons Entrechoquent d'interminables bruits de gonds Et des i-oiles de bateaux sombres Laissent sur elle, choir leurs ombres.
Sans qu'une aiguille, à son cadran, ne bouge Un grand beffroi masqué de rouge, La regarde, comme quelqu'un Immensément de triste et de défunt.
Elle est morte de trop savoir.
De trop vouloir sculpter la cause,
Dans le socle de granit noir.
De chaque être et de chaque chose.
Elle est morte, atrocement.
D'un savant empoisonnement.
Elle est morte aussi d'un délire
Vers un absurde et rouge empire.
Ses nerfs ont éclaté.
Tel soir illuminé de fête.
Qu'elle sentait déjà le triomplie flotter
Comme des aigles, sur sa tête.
Elle est morte n'en pouvant plus.
L'ardeur et les vouloirs moulus.
Et c'est elle qui s'est tuée.
Infiniment exténuée.
FINALE
Au long des funèbres murailles.
Au long des usines de fer
Dont les marteaux tannent l'éclair,
IiJjr v'-' /..--,-„^ ^..f. funérailles.
Ce sont des quais et des casernes.
Des quais toujours et leurs lanternes, Immobiles et lentes filandières Des ors obscurs de leurs lumières; Ce sont des tristesses de pierres.
Maisons de briques, donjons en noir Dont les vitres, mornes paupières.
S'ouvrent dans le brouillard du soir ; Ce sont de grands c/iantiers d'affolement. Pleins de barques démantelées Et de vergues écartelées Sur un ciel de crucifiement.
En sa robe de joyaux morts, que solennise L'Jieure de pourpre à l'horizon,
Le cadavre de ma raison Traîne sur la Tamise.
Elle s'en va vers les Jiasards Au fond de l'ombre et des brouillards, Au long bruit sourd des tocsins lourds. Cassant leur aile, au coin des tours. Derrière elle, laissant inassouvie La ville immense de la vie; Elle s'en va vers l'inconnu noir Dormir en des tombeaux de soir.
Là-bas, oii les vagues lentes et fortes. Ouvrant leurs trous illimités.
Engloutissent à toute éternité :
Les mortes.