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Poèmes en prose

Lorsque je te rencontrai, ce fut sans cloute le soir même où je devais jouer le rôle divin d'IIamlet ; j'avais déjà lie fard de l'impossible sur le visage, et la flamme des passions imaginaires dans les yeux ; et je n'eus pas ce soir là, semble-t-il, le loisir de l'aimer, car il se célébrait dans mon àme une auguste cérémonie, avec des ors et des chasubles, et tu sais bien qu'aux fêtes de l'Inlellecluel, les sourires de la femme ne sont pas admis comme flambeaux.

Or, ce fut ce soir là, pourtant, un soir de sourires fatigués et de lèvres pâles que je te murmurai ce que vous auriez eu mauvaise grâce. Madame, à ne pas prendre pour le plus délicat des aveux.

POEMES EN PUOSE

Très impcrlincnl, je baisai voire ganl, et je fis le compliment qu'il fallait sur la flevu- détachée de ma gerbe, et que vous aviez mise en vos cheveux. — Et vraiment, vous me parûtes si charmeuse et si rare, ce soir là, que dans les musiques de Torcheslre, j'ai cru reconnaître la voix d'Ophélie, et je vous ai dit combien je l'aimais.

\ous m'avez aimé, dès lors, vous aussi ; mais d'aimer l'art ou l'artiste, beaucoup sont morts déjà, prenez garde, et presque tous les autres sont fous. Ecoutez, voici que passent ceux que Ton ne doit jamais aimer :

— Nos amours ont changé de pays et de lune ; nous sommes les adolescents adorables des musiques liturgiques, et les servants de l'Eternelle volupté ; mais nos voix meurent sur nos lèvres avant que nous ayons disparu, et nous j^assons à travers les choses réelles, comme, à travers les rues pittoresques des petites villes, faisant sonner le pavé nocturne, une troupe de comédiens et d'amoureuses que le vieux roi de Bohème envoie, pour ses joies, à son cousin le roi de Thulé.

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