CONSEIL
(U)\SKIL
Comme je m*endormals sur quelque livre de vaine science ou de douloureuse beauté, le soleil qui teintait de jaune, languissamment, toutes mes pensées, disparut — puis le petit jour succomba, avec un appel désespéré que j'entends encore. Ce fut la nuit sur les routes et les vitres rouges aux murs du château perdu.
Mais vainement j'essayai de m'abandonner aux paysages qui naissent dans Tâme et dont le dernier est sans cesse d'une plus navrante nouveauté — tous les nuages s'étaient repliés.
Elle entra, comme une habitude.
« Il ne faut pas, me dit-elle, demeurer dans l'obscurité. Je suis venue et j'apporte les lampes. Tes paupières sont lourdes d'avoir lu » — elle s'était émue en montant. — Sérieuse, elle s'assit, une chère inquiétude dans la voix, et s'attrista, sur les livres jaunes, aux titres noirs un peu usés.
— Voici longtemps que tu t'es enfermé avec les livres, et les poètes qui, morts, sont de lumineux démons, ont serré tes tempes aux feuilles du plus noir cyprès — il ne faut pas aimer les morts avant riieure où nous serons morts. Lis les vers, tournant aux pages les volumes minces du temps passé — ce sont des tombes légères que tu portes dans tes mains. Si tu voulais, si tu voulais, toutes les fenêtres seraient fermées — les livres au fond des armoires se conteraient leurs histoires magiques. Nous abandonnerions les cités du verbe et les fleuves bordés de remparts — oh ! le beau fleuve ! — nous aurions le cœur plus gai — nos épaules se courberaient sous Tespérance comme sous un cher fardeau. Je sais le mot de la vie — la seule chose est d'aimer. Tu n*as sûrement jamais aimé.
Je la regardai, et j'eus confiance, mais elle demeura silencieuse et les yeux penchés vers moi. Bientôt ses prunelles ne furent plus qu'une loinlaine clairière bleue. Dans les arbres, les mains liées, des jeunes filles chantaient en couronne souple.