LE BUSTE
l\irlcr (le lui, ce fui, trop souvcnl, couler des choses de boliêine, comme s'il n'y eut pas, d'ailleurs, im poète pur et lointain. Mais il est mort, et comme en la glorieuse renaissance d'une âme désormais seule et sans troupe folle à sa suite, ce qui fut le vrai Verlaine demeure, de par l'apothéose des funérailles, les plus somptueuses depuis longtemps décernées à un poète, populaire ou grand. Si l'enfant qu'il voulut être et qui, sur son lit de mort, toute la nuit de veillée suprême, affecta, par une moue puérile, la tète inclinée sur la poitrine, de bouder malicieusement à celle qui venait, plus camarde que lui, le chercher, a pu avoir conscience, le matin paru, de la fête qu'on lui préparait, j'imagine que son cœur s'enfla d'une vanité charmante. Il y avait sur le lit de deuil, plus de fleurs qu'il n'en reçut sa vie durant. Et les poètes, parm^ lesquels beaucoup furent émus et sincères, atten-
POKMKS E\ IMWISK
ilîiicMil au seuil poin* raccompagner. Oh î la [X)m[>e (le l'église, tout étonnée de le rerevoir ainsi, lui le pécheur ingénu, qui à l'aulx? des jours anciens, allait frapper d'un bâlon farouche aux [X)rles de la paroisse, demandant la confession ! Maintenant les orgues résonnent, et s'avance Tapparileur cérémonieux. Des hommes snobiques, des chants funèbres, l'aspersion des eau\ kistrales, l'office se déroulant conmie la traîne d'un manteau de velours noir. Et là- liant, au sommet de l'orgue, un ange debout, l)ar un singulier jeu de lumière dans les plis de son vêtement, semble, comme quelque dieu hindou, avoir deu\ mains droites ; l'une se penche, rigide et sinistre vers l'enfer ; l'autre, bienveillante, montre le ciel. Que de prétextes à phrases ronflantes et quel décor imposant. La foule silencieuse emplit l'église. Si le méchant gamin Lélian qui muse partout, le nez en l'air, s'aventurait dans les bas-côtés, je ponse que le suisse qui porte une hallebarde dorée le rudoierait quelque peu.
Maintenant le char funèbre s'en va, par le clair matin d'hiver. Un soleil magique luit dans la rue, mettant sur les draperies noires une poussière dorée. Le cortège est lent. On passe les ponts et les bouquinistes... Que de souvenirs familiers!... Mais soudain la route est plus large et le décor a changé. Dans le fond, sur le ciel d'un bleu intense, l'Opéra. Et c'est une minute inoubliable. Devant nous, le tricorne noir du cocher se dessine brutalement sur
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POÈMES K^ PROSK 1 jS
lo bleu doré do là haut. Un vent froid souffle sur la fête et fait frissonner les fleurs. Le char funèbre porte le poète au dernier bal de l'Opéra. Le hasard a de ces rencontres. On dépasse des magasins de dentelles et d'éventails. Le soleil est inimitable. C'est dans lé décor des fêtes galantes, l'enterrement de AVatteau.
C'est ainsi que je veux voir la mort de Verlaine, oubliées toutes les amertumes des jours passés, et ne me rappelant des promenades nocturnes cpie le mot charmant du pauvre poète, quand il remontait vers l'aube, sa colline, disant, dans un effort de sa jambe lasse : nous n'arriverons pas au Panthéon ! Mais le Panthéon est un lieu triste, une académie pour les morts. Pour d'autres poètes que lui s'élèvent ces murs nus et froids. Le Palais de Westminster est semé de tombes laurées, mais la tombe la plus glorieuse est celle du divin Shelley ; son corps fût brûlé près de la mer, et ses cendres jetées au vent bleu. Tel faudrait-il que Verlaine reposât en effigie, sous le grand soleil, dans les allées d'arbres, pour appeler en pèlerinage les amoureuses et les amoureux du pays lointain qu'il a rêvé. Aujourd'hui, comme à Westminster, nous avons le coin des poètes, dans les bosquets du Luxembourg.
l'j\ POÈMES EN PROSE
Banville ol Miir^'-or, h travers les feuilles, applaiitliraienl, le jour où se dresserait, biislc auguste, le marbre blanc d'un autre immortel. Celui qui dort, hors des murs comme un philosophe, dans sa petite maison des champs, rirait divinement de sa statue couronnée au milieu des poètes accourus à Taubc pour aller le saluer, et le féliciter d'être enfin de marbre. Les personnages qui se lamentent dans l'exquis dialogue les Uns et les Autres, pourraient, assis a l'ombre du buste, effeuiller leur cœur avec des gestes peureux. Et les dernières lueurs, disparues derrière le Luxembourg, à l'heure où le dessous des arbres, seul, est doré, seraient sur la télé du faune, qui guette, la nuit venue, la mélancolie des nymphes éparses dans la mélancolie de la forêt.
HERTULIK
IIERTULIE
Le p:)Mc vint d'une ru?, salué par ceux debout auprès des colonnes, au passage, d'un geste amiral. Les luis louèrent son vêlement, et les autres, son génie. Mais lephèbe le plus beau désigna la uiain du poète. Une bague neuve y luisait. « N'est-ce pas, dit Syra la courtisane, le prix d'une nuit d'amour? — Oh î dit une autre, tu fus le premier au concours de flûtes et les juges t'ont donné l'anneau — mais lui, souriant, leva le doigt. C'était un cercle d'or en forme de collier de fer. Sur le cliaton, très large, on lisait — J'ap])ar tiens à Ilertulie et je suis un esclave fugitif. — Passant, ramène-moi.