‹ Poèmes en proseChapitre 27 sur 45 · POUR SILLA · texte numérisé non relu

POUR SILLA

Si j'ai mangé du tambour eL bu de la cymbale, à l'heure où je voulais m 'évoquer ton souvenir, c'est que j'étais sûr que mon ivresse élargirait mes yeux pour te mieux voir. Et le poison n'est que le démon lumineux dont les ailes m'emporteront au pays de lune oii tu fus la danseuse étoile de quelque opéracomique d'ombre et de bleu.

Maintenant, sous ma plume qui dessine les formes frissonnantes de ton nom, le papier devient une feuille d'or, et comme à l'appel d'une incantation magique, apparaissent les trois archanges de l'amour, les séraphms éternellement vêtus de blanc. Leurs yeux sont morts d'avoir dédaigné et leurs lèvres immuables demeurent muettes, car depuis la fanfare éclatante et l'incendie de la création, les archanges ont chanté seulement trois fois; la dernière fut pour te nommer, le jour éternel que tu naquis ! Je les vois et je vois leurs mains m'ouvrir

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toutes grandes les portes du paradis perdu de la folie.

Ma folie, c'est toi lout entière et le regard délicat et >ain dont tu m'écoulais, à l'heure où je te disais à voix basse ce que mon cœur chantait tout haut : « Ta chair est tout mon horizon, toute ma volupté ton parfum. » Je crois que c'est le don des poètes d'aimer ime fois entre toutes quelque fille perdue des errants d'amour qui parurent dans notre univers Je temps d'agiter un masque dans un accord de violon, im jour que le soleil célébrait son plus glorieux anniversaire et que les cloîtres des grands arbres formaient à la terre un vaste et frissonnant manteau. Mais les bohémiens de ta tribu, en partant pour la lune, t'ont oubliée.

Vos yeux sont un saxe vu, madame, au son des musiques, et tes lèvres sont ma vie. Pour toi seulej'ai rêvé cette chose épouvantable et divinement rassurante, me blottir tout entier, pèlerin, dans le mystère et la pudeur de ta grotte sainte, au plus profond de tes baisers.

Car tu reviens, nous revenons tous, et ceux qui pleurent pour la beauté et celles qui sont la beauté, de quelque éternité lointaine et pittoresque dont nous portons l'exil en nos yeux. Et le poète revient, j'imagine, des planètes du soir où toutes les formes sont immortelles et lumineuv tous les tableaux; où le soleil lui-même, madame, est une chose si vulgaire qu'à grand'peine oserait-on, là- bas, façonner avec du soleil un appui de balcon pour vos coudes hors de dentelles et vos langueurs.

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