‹ Poèmes en proseChapitre 8 sur 45 · PROSE · texte numérisé non relu

PROSE

conte de fées

à images ; <

ce carrosse

était

le plus

dé-

licleusement

vieux carrosse

qu'on

pût

rêver,

un

peu écorné,

comme s'il

eût

figuré

long

temps

sur

une étagère ;

il Y avait

au

dehors

des

baguettes

noires et des baguettes dorées au dedans pour limiter tous les plans réguliers delà voiture, que le cheval, l'ai-je dit, traînait avec des heurts sur le pavé.

Les ressorts de la voiture gémissaient sur le temps de Louis XV et sur la Régence qu'ils avaient connue, et vous vous demandez quelle figure charmante va s'éclaircir dans la baie profonde ; mais peut-être le carrosse est vide, et voici longtemps que se levèrent les mains qui devaient aider l'aimée à descendre, quand elle revint de son long voyage, plus grande et plus fière qu'au départ, avec je ne sais quel enthousiasme dans les yeux.

L'intérieur est tendu de baguettes d'or et de vieilles soies très pâles, avec une provision de fanfreluches pour reposer les bras ou pencher la tête ; et des cofTrets dissimulés dans l'étofTe renferment toutes les choses amusantes ou délicates qu'il faut. Les vieilles soies, usées et claires, représentent l'habituel paysage de Watteau, balustres mélancoliques au fond d'une forêt bleue, où jamais ne s'accoudèrent, certes, celles que la voiture emportera. Mais on a l'air de voyager dans un horizon étroit, que les arbres du dehors peuvent achever par la fenêtre, ce qui donne à l'aventure quelque chose d'un départ de bohémiens, emportant avec eux leur cœur de soleil.

POÈMES EN FHOSE \l

Aoiis VOUS êlcs assise dans le paysa^^e, Madame, autrefois. Et > os cheveux en ogi\Q délicate sont descendus sur votre front suivant une ligne de beauté, tandis que je regardais vos yeux d'enfant et que je prenais vos mains étroites ; mais vous m'avez laisse vos yeux, et vos mains se sont retirées, avec un geste que j'ai suivi jusqu'aux plus hautes cimes du parc. C'était par une soirée fragile et calme ; de grands arbres étaient près de nous, et des bassins couleur de feuille morte moirée, où nous aurions penché nos yeux, si nous n'avions eu peur de nous voir la nuit. C était par une nuit fragile et calme que s'ouvrit la porte dorée de mon àme où se jouait, avec des >iolons et volets fermés, comme en un Trianon de rêve, la comédie folle du monde extérieur, et mes souvenirs sont emportés dans le carrosse tendu de Watteau, à travers une ville inconnue, toute noire de charbon et de boue, où des hommes, vêtues de redingotes noires qui pleurent jusqu'aux talons, se hâtent au tournant des rues, avec des paroles monotones, parmi les voitures, sous le ciel humide et gris. Mais le paysage que j'emporte, les arbres soyeux des étoffes et la grâce des femmes assises dans le carrefour de la foret, toutes ces choses seront le cadre où je \eux voyager, seul avec ma pensée, vous entendez bien seul avec celle dont les gestes sont pour moi le prétexte unique d'horizon. Je n'ai pas besoin, je pense, de vous la nommer.

Page 1