‹ Poèmes en proseChapitre 7 sur 45 · LETTRE A MANON · texte numérisé non relu

LETTRE A MANON

11 faut que je vous raconte, Madame, ce qui m' arriva l'autre jour. Comme je passais clans la rue, un carrosse de forme surannée s'est avancé, en cahotant sur les pavés. Le cheval de ce carrosse était vraiment apocalyptique, et sa figure si triste, qu elle faisait peur à regarder, et certainement, je lui aurais donné un sou, si je n'avais réfléclii que cet argent lui serait d'une 2)arfaite inutilité.

Ce cheval avait des yeux mortuaires, des yeux qui semblaient composés de toutes les choses lugubres, le blanc jaune des bougies de deuil, plus ime larme noire au milieu, qui pleurait une prunelle, et le cheval avait lui-même les allures d'un catafalque en rupture de ban d'église, un catafalque aux idées folâtres.

Ce cheval traînait un carrosse, ma chère, puisque c'est pour vous amuser que j'écris ces choses plutôt gaies. Et voici où l'aventure semble échappée d'un

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