‹ Poèmes épars de Joseph Lenoir-Rolland, 1822-1861Chapitre 10 sur 28 · GRAZIELLA · texte numérisé non relu

GRAZIELLA

Graziella

Mais pourquoi m'entralner vers ces scènes passées. Laissez le vent gémir et les flots murmurer ; Revenez, revenez, ô mes tristes pensées ; Je veux rêver et non pleurer.

LàMAsrora.

Elle était belle, elle était douce;

Elle s'asseyait sur la mousse

Au temps où les grands arbres verts

Laissent leurs feuilles dentelées

Tomber sur le gazon, mêlées

Aux pauvres fleurs des champs déserts.

Quinze ans avaient jeté sur son charmant visage Cette virginale pâleur

Que la main du désir laisse sur son passage

Ou que la volupté met sur son front rêveur. Ses beaux yeux avaient pris la teinte Des couleurs dont se trouve empreinte La mer au vaste horizon bleu; Sa chevelure épaisse et noire S'enroulait sur son cou d'ivoire, Chaste de tout baiser de feu.

Ses dents, que laissait voir sa lèvre, carminée, Etaient d'un nacre éblouissant;

Sous le tissu bruni de sa peau satinée

L'œil, dans la veine ardente, apercevait le sang. Où trouver voix plus cristaline, Plus suave haleine enfantine, Plus frais sourire, chant plus doux ?

Où trouver forme plus suave ?

Dites: je me fais son esclave, Et je Fadore à genoux.

Dans leurs rayonnements les âmes se confondent : -

L'amour est si pur à quinze ans!

Les soupirs contenus bondissent, se répondent; Le premier des aveux comble deux cœurs aimants!

Oui, le soir, quand brillait l'étoile,

La vierge aimée ôtait son voile,

Marchait pensive à mes côtés;

Jetait au sable de la grève,

Sans qu'elle interrompit son rêve,

Des mots par la brise emportés!

Car je la pris naïve à sa pauvre famille,

Pauvre famille de pêcheurs; Elle n'avait encore aimé que sa mantille, Et les oiseaux du ciel qui venaient sur ses fleurs!

Parfois nous allions au rivage

Ecouter le refrain sauvage

Du nautonnier napolitain;

Notre extase était infinie,

Lorsqu'à sa nocturne harmonie

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