GRAZIELLA
Le flot mêlait ce chant lointain!
Parfois, montés tous deux sur la vieille nacelle,
Que nous détachions des roseaux!
Nous regardions passer cette lampe éternelle,
Que nous détachions des roseaux, Phare mystérieux suspendu sur les eaux!
Combien son humide paupière
Aimait cette pâle lumière,
Rayons mêlés d'ombre et de jour!
Combien, en la voyant sourire,
Mon âme éprouvait de délire,
Mon cœur accumulait d'amour!
Quinze ans, hélas! jetaient sur son charmant visage
Cette virginale pâleur Que la main du désir laisse sur son passage, Ou que la volupté met sur un front rêveur!
La vague venait en silence Sécher sur les bords du golfe immense!
Elle attendait sous l'oranger!. . .
Qu'avait-elle donc à lui dire ? . . .
C'est que sur un léger navire
Demain embarque l'étranger!
Leur adieu fut navrant, puisque l'Italienne
Lui donna ses lèvres de miel, Qu'elle pleura longtemps, qu'une main dans la sienne, De l'autre lui montra l'azur de son beau ciel!
La mère Souliote
(traduit de l'anglais)
C'était au temps du célèbre Ali de Tebelen, Pacha de Janina. L'armée turque avait envahi les défilés des montagnes de Souli. Son approche avait contraint un grand nombre de femmes de ce pays de se réfugier sur un pic élevé. Là, on dit qu'elles se prirent à chanter des chants de fête; et que, quand l'ennemi fut en vue, elles se précipitèrent, elles et leurs enfants, du sommet du rocher, pour éviter de devenir les esclaves des Ottomans.
Du roc perdu dans le ciel bleu
Elle était sur la large cime!
Elle souriait à l'abîme,
Son œil noir s'injectait de feu!
"Le vois-tu, disait-elle, enfant, sous les pins sombres ? "Vois-tu sa claire armure étinceler, là-bas ? "Vois-tu son fier cimier ondoyer, dans les ombres ? "Doux fils, que je berçai sur mon cœur, dans mes bras, "Pourquoi tressailles-tu? Cette vue, 0 misère!
"Te coûta, l'autre jour, un père!"