MISÈRE
Misé
ère
Méditez bien ceci, riches ! l'heure est venue De donner une veste à la pauvreté nue,
A la faim, un pain noir
Barthélémy.
Vous en doutez! Eh bien! elle vient, elle est forte! Son pied heurte déjà le seuil de votre porte! Dans tous les carrefours, elle vous tend les mains! Une meute d'enfants, de femmes aux fronts blêmes, Se drapant de haillons, promène ses emblèmes, Et porte sa hideur sur tous les grands chemins!
Or, la faim, ce fléau de toute grande ville, Plus terrible toujours qu'une guerre civile, Nous promet, cette année, un surcroît de douleurs! Les neiges de l'hiver rigoureux qui commence, Sont le moelleux tapis, où le squelette immense Va s'ébattre au milieu des hontes et des pleurs!
Laisserez-vous grandir ce dangereux ulcère, Sans porter le remède où se tord le viscère, Sans ôter son prétexte à la mendicité!
La détresse du pauvre émeut le philanthrope: Utilisez son corps! on l'a fait en Europe! Le servage du pauvre est son droit de cité!
Il est temps, ou jamais, de donner Votre obole,
Si vous voulez en paix faire le monopole
De ces choses qu'ignore un peuple d'indigents!
Enlevez du bourbier une race flétrie!
Jetez la goutte d'eau dans son gosier qui crie!
Pour ses vices sans nom montrez-vous indulgents!
Qui sait si, quelque jour, devenant téméraires, Ils ne vous diront pas: "Partagez, ô nos frères, "Sans vous faire prier, l'héritage commun! "Votre possession n'est pas un privilège! "Le garder à vous seuls deviendrait sacrilège; "La justice est pour nous: nous sommes cent contre
[un!"
Ne craignez pas encor cette justice immonde
Qui sur sa faible base ébranle le vieux monde;
Le paupérisme ici ne vous menace pas!
S'il se fait effronté comme le parasite,
C'est que vous le voulez, c'est que chacun hésite
A le traquer partout où s'imprègnent ses pas!