‹ Poèmes épars de Joseph Lenoir-Rolland, 1822-1861Chapitre 27 sur 28 · BALLADE · texte numérisé non relu

BALLADE

(Imité de V allemand de Goethe)

Qui voyage si tard par le vent et la nuit ?

C'est un enfant avec son père.

Un cheval les emporte à travers la bruyère. L'enfant ferme les yeux et tremble au moindre bruit.

— Pourquoi donc, ô mon fils, caches-tu ton visage ?

La nuit luit, aurais-tu peur ?

— Regarde! enveloppé d'une blanche vapeur, Le Roi des Aulnes vient là-bas par le rivage!

— Mon fils, je ne vois qu'un nuage!

— "Cher petit enfant, doux trésor,

"Viens avec moi, viens, viens, je t'aime!

"Ma mère porte un diadème!

"Tu seras son bonheur suprême, "Elle a des fleurs sans nombre et de beaux jouets

[d'or!" — Entends-tu ce qu'il dit? Père, prête l'oreille! — Je n'entends que le bruit du vent qui se réveille!

" — Veux-tu venir ? Veux-tu venir ?

"Mes filles sont jeunes et belles.

"Tu pourras m'aimer avec elles; "Et, quand viendront tes nuits nouvelles, "Elles auront des chants sereins pour t'endormir!"

— Oh! ses filles sont là, dans le passage sombre! — Du saule aux rameaux gris, enfant, ce n'est que

[P ombre!

— "Que ton charmant visage est doux!

"Je t'aime! Ange, veux-tu me suivre?

"Comment, sans toi, pourrai-je vivre ?

"Viens donc! ton bel œil bleu m'enivre! "Je te veux, malgré toi, bercer sur mes genoux!"

— Mon père, il me saisit! oh! son haleine ardente, En passant sur mon front, me glace d'épouvante!

Et pressant dans ses bras son fils avec effort, Le père se hâtait de gagner sa demeure; Mais lorsque du retour au foyer sonna l'heure, Le petit enfant était mort!

Page 1