‹ Poèmes épars de Joseph Lenoir-Rolland, 1822-1861Chapitre 8 sur 28 · LA FÊTE DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LA FÊTE DU PEUPLE

N'est-elle pas bien belle à voir ?

Dirait-on pas que cette brise

Qui fait ployer sa lance grise

Anime son beau castor noir.

Amis, j'ai vu de douces choses^

Des filles, des perles, des roses,

Mais pour se contenter, il faut

Voir ce navire aux pleines voiles,

Qui s'élance vers les étoiles,

Disant: "Je voguerai plus haut." Quand il a déroulé les plis de ses bannières, Quand le parvis du temple a brui sous son pied,

Le peuple était sublime Oh! j'aime les prières

Et les chants de ce temple où tout homme s'assied. C'est la fête du peuple et son mâle génie, Après les durs labeurs demande les plaisirs; Il lui faut des festins, des bals, de l'harmonie: Les parfums du banquet apaisent ses désirs.

Blondes et brunes filles,

Femmes de mon pays

Aux flottantes mantilles,

Hommes aux fronts amis,

Venez la fête est belle,

Splendide, solennelle, C'est la fête du peuple et nous sommes ses filsi

L'histoire de la vie

(Traduit de V anglais)

Toute petite enfant, sur le sein de sa mère,

Je la vis qui dormait!. . .

Je la revis plus tard, vierge ! . . une plainte amère

Sur sa lèvre expirait!

Or, je la revis femme! Elle avait, douce chose,

Un charmant nouveau-né!

C'était beau!.. Mais son front penchait pâle et morose

^***Aux larmes condamné!

Des ans se sont passés! Quand je revins près d'elle

Elle était à genoux, Priant près d'une lampe à la blanche étincelle

Sans enfant, sans époux!

Je n'ai vu que des pleurs à l'œil de cette femme,

Si suave pourtant!

Elle était belle et sainte! et Dieu lui prit son âme

Oh! Dieu, lui, l'aimait tant!

D'abord, joyeuse enfant, puis, blonde jeune fille.

Epouse mère; enfin, Veuve au cœur désolé, sans amour, sans famille,

Elle fit son chemin!

Et je l'ai rencontrée? Et nous nous séparâmes

Pour ne plus nous revoir!

La mort réunira nos corps; et nos deux âmes

Au ciel iront s'asseoir!

Montréal, 17 mai 1848.

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