‹ Poëmes et chants élégiaquesChapitre 16 sur 40 · CHŒUR DU PREMIER ACTE · texte numérisé non relu

CHŒUR DU PREMIER ACTE

jTa tMctoive.

JlIe venez, guerriers intrépides , Soldats que la victoire a deux fois couronnés ;

Par la victoire ramenés , Souvenez -vous enfin , triomphateurs rapides ,

De vos lares abandonnés.

L'avez«vous reconnu, ce superbe navire ,

Aux longs voiles de pourpre, aux bandelettes d'or?

Il fend Tonde ëcumante aux doux sons de la lyre ,

Il porte au palais de Cynire Les casques, les trëpieds, le char du vieux Nestor, Des vases où Pergame a son image encor ; Triste et fatal butin que la Grèce en délire Osa se partager sur le tombeau d*Hector.

Triomphe à nos guerriers, dont le bras invincible. Comme Tare d'Apollon , lance des traits certains ; Dont le glaive, conduit par la parque inflexible. Fait d'irrëvocables destins !

Mais qui consolera ces timides captives , ' Qu'entraîne en blasphémant un farouche vainqueur? Je chante la victoire , et dëja dans mon cœur J'entends gémir leurs voix plaintives-

Mèree, aux cris désespères, Vous, jeunes vierges qui pleurez, Lorsqu'au dëclin du jour, assises sur nos rives , Vos yeux verront au loin nos voiles fugitives Chercher encor la Grèce et vos foyers, sacres , Jeunes mères, enfants, vierges, vous pleurerez.

Vains regrets, larmes inutiles !

Vous ne reverrez plus les rives du Ladon, Beaux lieux , où le laurier, où le myrte en buisson ,

Où l'arbuste aime de Junon, Divisent en jardins les campagnes fertiles.

Vierges, où donc est- il , le bois accoutume Où vous rêviez d'amour dans votre «me innocente. Aux longs cris prolonge de Tonde mugissante,^ Aux doux parfums du dictamé embaume?

Plus d'amour pour vous, plus de fêtes, Plus de oes tendres fleurs qui brillaient sur vos têtes ;

Plus 4e danses aux sons du luth mélodieux. . . . La nuit n'a plus pour vous cette heure si rigide

Des entretiens mystérieux , Où le cœur est de flamme et la houche timide ; Et vos longs cheveux noirs, aux parfums destinés , Vos cheveux, à Pylos de roses couronnés , Boiront la pluie amère et la rosée humide ,

Aux vents du soir abandonnés.

Vos larmes, vos malheurs , aux femmes de cette ile

Fourniront de longs entretiens; Soit que , loin du foyer, sous votre main agile , La laine deux fois teinte aux bords sidonîens S'unisse en tournoyant au long fuseau doeile. Ou nuance avec.art les tapis lydi^is :

Soit que dans un vase d'argile, Des sources du Mélos vos bras dès le matin Portent sous ces parvis Tonde des sacrifices :

Les mères s^ëcrieront : Dieux i soyez -nous propices ! Dieux ! loin de nos enfants un semblable destin !

Mais courons au rivage où nos fils intrépides, Nos fils que la victoire a deux fois couronnés,

Par la victoire ramenés , Se souviennent enfin , triomphateurs rapides ,

De nos lares abandonna.

Page 1