CHŒUR DU PREMIER ACTE
jTa tMctoive.
JlIe venez, guerriers intrépides , Soldats que la victoire a deux fois couronnés ;
Par la victoire ramenés , Souvenez -vous enfin , triomphateurs rapides ,
De vos lares abandonnés.
L'avez«vous reconnu, ce superbe navire ,
Aux longs voiles de pourpre, aux bandelettes d'or?
Il fend Tonde ëcumante aux doux sons de la lyre ,
Il porte au palais de Cynire Les casques, les trëpieds, le char du vieux Nestor, Des vases où Pergame a son image encor ; Triste et fatal butin que la Grèce en délire Osa se partager sur le tombeau d*Hector.
Triomphe à nos guerriers, dont le bras invincible. Comme Tare d'Apollon , lance des traits certains ; Dont le glaive, conduit par la parque inflexible. Fait d'irrëvocables destins !
Mais qui consolera ces timides captives , ' Qu'entraîne en blasphémant un farouche vainqueur? Je chante la victoire , et dëja dans mon cœur J'entends gémir leurs voix plaintives-
Mèree, aux cris désespères, Vous, jeunes vierges qui pleurez, Lorsqu'au dëclin du jour, assises sur nos rives , Vos yeux verront au loin nos voiles fugitives Chercher encor la Grèce et vos foyers, sacres , Jeunes mères, enfants, vierges, vous pleurerez.
Vains regrets, larmes inutiles !
Vous ne reverrez plus les rives du Ladon, Beaux lieux , où le laurier, où le myrte en buisson ,
Où l'arbuste aime de Junon, Divisent en jardins les campagnes fertiles.
Vierges, où donc est- il , le bois accoutume Où vous rêviez d'amour dans votre «me innocente. Aux longs cris prolonge de Tonde mugissante,^ Aux doux parfums du dictamé embaume?
Plus d'amour pour vous, plus de fêtes, Plus de oes tendres fleurs qui brillaient sur vos têtes ;
Plus 4e danses aux sons du luth mélodieux. . . . La nuit n'a plus pour vous cette heure si rigide
Des entretiens mystérieux , Où le cœur est de flamme et la houche timide ; Et vos longs cheveux noirs, aux parfums destinés , Vos cheveux, à Pylos de roses couronnés , Boiront la pluie amère et la rosée humide ,
Aux vents du soir abandonnés.
Vos larmes, vos malheurs , aux femmes de cette ile
Fourniront de longs entretiens; Soit que , loin du foyer, sous votre main agile , La laine deux fois teinte aux bords sidonîens S'unisse en tournoyant au long fuseau doeile. Ou nuance avec.art les tapis lydi^is :
Soit que dans un vase d'argile, Des sources du Mélos vos bras dès le matin Portent sous ces parvis Tonde des sacrifices :
Les mères s^ëcrieront : Dieux i soyez -nous propices ! Dieux ! loin de nos enfants un semblable destin !
Mais courons au rivage où nos fils intrépides, Nos fils que la victoire a deux fois couronnés,
Par la victoire ramenés , Se souviennent enfin , triomphateurs rapides ,
De nos lares abandonna.