LES PETITS SAVOYARDS
Un peu de pam est la vie du pauvre : celai qui lei ed ptive est an meurtrier.
( Eeelctiaite. )
V^uEL est le voyageur qui en parcourant les Alpes de Savoie, à Faspect de ces longues vallées qui se déroulent devant lui, comme des Zones de verdure, au bruit de ces torrents qui tombant et retombent sans cesse , soit au-dessus de sa tête , soit au fond des abîmes bien au-dessous de lui , et surtout à cette vive émotion que nous donne l'air des monta-
gnes , n'a porté envie dans son cœur à ceux qui ont une si belle patrie? qui de nous ne s'est choisi dans ses rêves une chaumière sur la pente d'une de ces collines, avec un ruisseau, des prairies et quelques arbres pour les ombr^erPqui n'y a placé, pour lui, une femme selon son cœur, quelques Ijvres, et un petit enfant?... eh bien ! ces paysages si riants avec leur parure d'août^ si imposants avec leur vêtement de neige, ces collines de verdure si gracieuses, audelà desquelles se dressent les Grandes Alpes, et au-dessus d'elles, toujours le Mont-Blanc, toute cette terre enfin si riche d'effets poétiques et sublimes , n'a pas de moissons pour ses malheureux habitants. Elle ne donne rien à l'homme qui la tourmente, et garde à sa parure tous les trésors d'une brillante végétation, comme si elle voulait attester son
indépendance et sa propre force, en refusant sa fécondité à tous les secours comme à tous les germes étrangers ; aussi les peuples de Savoye naissent seulement . dans leurs vallées, et n'y reviennent que pour mourir. Semblables à ces grands fleuves que leurs montagnes versent à F Allemagne , à ritalie et à la France , ils se répandent comme eux dans les contrées qui les avoisinent , après avoir puisé dans leurs chaumières, qu'ils n'oublient jamais, ce qu'ils n'eussent point trouvé ailleurs, la simplicité et la droiture du cœur , et une fidélité aussi incorruptible que la neige de leurs glaciers.
C'est ordinairement sur la fin de l'automne, que les caravanes se rasssemblent; les brouillards du matin ne sont pas encore dissipés. Quelles sont les mères qui, depuis huit jours, ont goûté quelque
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lepos, tant elles ont été accablées de soins et d^inquiétudes ! il a fallu rapiécer la veste de bure, faire partir les enfiints avec du linge blanc; et puis, aurontils toujours du travail et du pain ? reviendront-ils jamais dans leur village?... que de pleurs ont interrompu ces occupations ! que de prières faites du fond du cœur ! enfin , arrive le jour où il faut se séparer. Il y a toujours dans le hameau un ou deux hommes qui ont fait leur tour de France, et qui sont chargés de conduire tous ces enfants : ils sont là, debout, commandant déjà à leur petite troupe, et rassurant les femmes qui s'affligent; les enfants sont tristes et soumis , car le curé leur a dit que Dieu le voulait.
Ils mettent dans leur sac le pain qu'on leur donne , parce qu'ils n'ont pas le courage de manger; ils regardent^ sans les écouter, les mères qui leur font long-
temps leurs recommandations , et puis les embrassent. On dit enfin la messe des Voyageurs: il y a un grand recueillement dans toute l'Eglise^ après, chacun se prépare ; les homme faits , pendant ce temps, parlent de leurs Toyages^ on donne aux enÊhots la petite caisse où dort la marmotte ; on leur enseigne à tenir les outils du ramoneur; les mères attachent la besace sur leurs épaules , les embrassent une deraière fois ^ et rentrent pc^ur j^urer.
La caravane desicend silencieusement le cheraiu de la colline, accompagnée de quelques enfants plus petits , de parents qui encouragent ceux qui partent, et du vieux curé qui les arrête, enfin, à une croix de boiâ placée au^ détour du chemin , les bédit encore , et ramène au village tous ceux qui doivent y rentrer.
' Le Icmdemain , les mères se lamentent toujours 'j et déjà les voyageurs chantent
en cheminant , car ils ont traversé quelque ville hospitalière , on ils auront trouvé du travail à faire et des curieux à amuser. A la suite des chansons , viennent les interminables histoires des maîtres, qui empêchent de sappercevoir que la route est longue , et que les jambes sont fatiguées. Enfin , après quelques jours de marche, on se disperse dans quelque province , en assignant un lieu de rendez-vous , ou bien la troupe toute entière se dirige sur la grande ville, et arrive toute harassée aux barrières de Paris.
Quelquefois une pauvre veuve, après avoir long-temps combattu dans son cœur, et regardé plusieurs fois quelques gerbes de blé noir qu'elle a glanées , et qui doivent la nourrir tout l'hiver, s'est dit en pleurant : il y en aura assez pour nous
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deux ; et quand le jour du départ arrive , elle tient son fils embrassé, et ne peut se déterminer à s'en séparer; elle s'enferme avec lui , pt prie , pendant que les autres s'en vont : quelque temps après , les provisions décroissent , son fils est là sans travailler^ ses voisines lui reprochent qu'elle Vem^êche de Jhirje son c/iemin^ et la pauvre veuve désolée , après avoir tiré lentement de sa vieille armoire toutes les hardes du départ, qu'elle y avait renfermées avec tant de joie, dit tout-à-coup à son enfant , un matin : « il faut que tu '< ailles joindre tes camarades ; adieu , tu « vois que je ne pleure pas , voilà du pain, « et ta besace; que Dieu te bénisse et te « ramène bientôt ! » et l'enfant étonné s'en va, $eul et triste, et s'arrête aux premières villes qu'il rencontre , parce qu'il conserve toujours le dessein de rejoindre bientôt sa mère. 2
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Mais c'est vers Paris surtout , vers ce rendez-vons gfénéral et solennel de toutes les diverses fortunes du monde, que s acheminent ces peuplades d'orphelins, comme si elles accomplissaient une destination donnée de plus haut. Paris est comme une immense assemblée, où la civilisation Européenne envoie tout ce qu elle a de plus distingué en talents , en puissance ou en vertus , et tout ce que ses institutions dégénérées ont produit de phis monstrueux en indigence , en vices et en abjection. La providence a voulu , dans les masses comme dans les individus, une sorte de pondération qui oppose les contraires aux contraires^dansune variable iatensité ; et en composant un ensemble de destinées, comme un seul destin , d'un mélange oii le bien et le mal se balancent , on dirait qu'elle a voulu présenter sans
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cesse à rhomme, dans le tableau qui est sous ses yeux, une image grande. et utile de ce qui est en lui même. A la suite des savants, des hommes du siècle, des puissants de la terre , que FËurope mande à Paris avec une sorte de pompe, arrivent les mendiants d'Auvergne et de la Savoie, comme les représentants de la misère publique , et de la simplicité des mœurs. Là, indépendamment de Tordre suprême qui les y appelle, leur présence devient d'une haute utilité morale. Le riche les trouves couchés sur sa porte, comme un avertissement que la providence lui donne que tous ne sont pas riches comme lui. L'homme coupable qui promène dans le& lieux publics un cœur âëtri par les vices , ou désespéré par la satiété des plaisirs, les entend chanter à ses côtés , et n'ose les regarder de peur
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de leur porter envie. Attroupés au tour de toutes les joies, mêlés à toutes * les pompes , employés à tous les services, en même temps qu'ils sont les instruments des desseins de Dieu sur les hommes, ils servent de manifestation , par leur existence presque miraculeuse , à cet ordre ' éternel qu'il a établi , et que lui-même
nous a révélé, en nous disant que les enfants des hommes ne seront pas délaissés
par celui qui nourrit les petits oiseaux.
C'est par ces enfants, en effet , que se renouvellent tous les jours, de la manière la plus éclatante, les prodiges de la manne tombée au désert et des cinq pains multipliés près du lac de Tibériade.
On dirait queDieu en retirant aux hommes le don des miracles , l'a conservé seule** ment à la charité chrétienne ; lorsqu'on voit tous les jours s'élever et se déve*
lopper avec tant de puissance, tout ces grands établissements nés seulement d'une bonne pensée, et le plus souvent chez des personnes dont les ressources peuvent suffii^e à peine à leurs propres bespins , on ne saurait naéconnaître le doigt de ce Dieu qui a placé toute la force de l'homme dans son cœur, et qui nous a dit ( car il nous a dit tout ce qu'il nous faut savoir), que la foi pouvait transporter des montagnes.
Que la charité du monde , ou , si l'on veut, la philanthropie moderne est loin de cette charité chrétienne, qu'elle na fait que parodier ! qu'elle nous montre, une vertu ^ une seule intention qu'elle n'ait empruntée au christianisme! nous vantera-t-on sa régularité méthodique , ses exigeances , ses précautions ? eh ! faut-il
toujours porter dans le bien qu'on fait ,
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lia crainte de trop bien faire ? y a-t-il des systèmes auxquels on puisse soumettre les secours qu'on donne à ceux qui souf-frent ? convient-il d'exiger, ici des con* ditions de naissance, là des conditions de travail ! l'utilité enfin , cette combinaison mesquine de l'homnie matériel , doit-elle présider ainsi à toutes ses œuvres, de manière à changer en opération politique, et par conséquent toute de raison , ce qui est, dans le christianisme, un sentiment doux et heureux, une action toute du cœur, qui sait qu'il faut donner à manger à ceux qui ont faim? n'envions pas à la philanthropie ses tristes calculs f sa bienfaisance raisonnée n'aurait jamais produit les sœurs grises, ou les pères de la rédemption. Elle n'aurait jamais ouvert k des enfants étrangers un asyle, où, en même temps qu'on soulage les souffrances
Momentanées du corps, on prévient en de jeunes chrétiens les souffrances plus vives et plus dangereuses de Tame, en les entourant d'exemples et de leçons qui les accompagnent durant leur vie; c'est à la religion chrétienne qu'est due toute entière une semblable institution; c'est elle qui ramasse, dans les soirées d^hiver, lenfant endormi sur la pierre , qui donne des consolations et du pain à celui qui en a besoin , des outils de travail à ceux qui peuvent en Yaire usage, et veille enfin avec cette sollicitude de la providence elle-même, sur cette portion delà société humaine qtie Dieu n'a pas déshéritée, puisqu'il lui a légué la droiture du cœur, et. la pitié des belles âmes.
Ce fut dans le milieu du dernier siècle, que fut fondée cette OEuvre, que des mains pieuses et respectables ont retirée
du milieu des ruines révolutionnaires.
On raconte que la première pensée en vint à monsieur labbé de Pontbriand , en causant avec un Savoyard qui frottait ses souliers ; il apprit de lui que la plupart de ces malheureux étaient entièrement ignorants des choses de la religion , parce qu'ils sont enlevés de trop bonne heure aux instructions de leur curé, et qu'il ne leur reste pour sauve-garde que les bons exemples de leurs parents. Il fut touché de cette double misère de l'ame et du corps qui affligeait ces pauvres montagiiards , et voua sa fortune et ses soins à leur soulagement. Ils trouvèrent, comme dans ce moment, dans l'atelier qui fut ouvert pour eux, d'utiles secours, et des leçons religieuses encore plus utiles. Car ici , on peut même reconnaître en elles cette utilité positive
que poursuivent les gens du monde dans toutes leurs actions , et jusque dans leurs bonnes pensées. Une longue habitude de confiance est accordée , dans Paris , à ces étrangers qui la justifient , il est vrai j par un long usage de fidélité. Commissionnaires ou domestiques, ils sont choisis de préférence pour tous les services particuliers, et certes, aucun de ceux qui les emploient ne peut être fâché que la garantie religieuse vienne corroborer et en quelque sorte servir d'assurance aux garanties morales qu'ils présentent d'ailleurs. Toutes les vertus humaines sont bien chancelantes lorsqu'elles ne s'appuient que sur ellesmêmes.
A Tabbé de Pontbriant succéda un homme dont le nom semble se placer naturellement en tête de tout ce qu'il y a
de doux et de consolant dans le christianisme : c^était Fabbé de Fénélon. Bien de plus touchant que les soins qu^il prodiguaità ceux qu'il appelait su petite famille, La révolution, qui ne devait malheureusement épargner aucune vertu, alla le chercher au milieu de ses enfants d'adoption qui ne purent que pleurer pour le défendre, et son sang fut trouvé assez pur pour être répandu sur le même échafaud qu'avait consacré le sang de Saint-Louis.
Mais les vertus religieuses ont des légataires perpétuels qui viennent, lorsqu'il en est temps, réclamer leur sublime héritage , pour qu il fructifie encore dans leurs mains. Depuis huit ans des réparations importantes ont été faites à l'édifice de la morale, chrétienne, que nos convulsions politiques avaient renversé.
L'humble asjle des petits Savoyards s'est
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relevé à côté des grands monuments de la piété publique, et le réparateur de cette partie des missions étrangères est cet abbé Duval qui n'a presque été connu en France que pour être regretté, et qui avait si bien rendu à ces mêmes enfants cet abbé de Fénélon qu'ils n'avaient pas encore oublié.
Une note sur r Œuvre des savoyards a été publiée à sa mort par ceux qui sont venus après lui , et j'extrais de cette note tout ce qui peut faire connaître le but et les moyens de l'établissement.
« Un atelier est établi dans une maison cédée <i par l'administration des hospices , destiné à « recueillir les pltrs petits , les plus délaissés de « ces enfants. Là, on les occupe au travail assez « insignifiant et peu lucratif de la fabrication « des cardes; mais ce travail suffît pour préve- « nir les dangers et les suites funestes de Toisi-
« veté absolue. D'ailleurs il entrait dans les « vues de sagesse et de prudence du vénérable « àbbé Duval , de ne point donner aux jeu- « nés Savoyards un état trop éloigné de leur « première vocation , ni qui les empêchât de « retourner dans leurs montagnes, où régnent « encore , au milieu du débordement général , « les mœurs des premiers âges. Leur fournir , « pendant qu'ils sont à Paris , les moyens de « se préserver de la corruption , d'y recevoir « l'instruction qui leur manquait, et d'y gagner « honnêtement de quoi subsister , tel est le « but de l'Œuvre : ce serait le manquer que de « donner aux jeunes Savoyards des états « qu'ils ne pourraient exercer avantageusement « que loin de leur pays. Il en est surtout, sans « qu'on ait besoin de les indiquer, dont il faut «s'appliquer à les détourner, à cause des « dangers qu'ils présentent. »
« Dans la maison où est établi l'atelier , une «douzaine d'enfants, choisis parmi les plus
« malheureux sont couchés , etun surveillant, • dont la religion garantit l'exactitude , ne les « perd pas un instant de vue. »
« C'est aussi dans cette maison que trois ou « quatre mois avant la première communion « et la confirmation , se font tous les jours les « catéchismes préparatoires à ces grandes ac- « tiens. C'est là que se donnent , en ces grands « jours y à ceux qui ont participé à ces augustes n sacrements, les repas véritablement de frères, « où ces pauvres enfants portent une gaîté « si pure, une naïveté si franche, et une dé- « cence si parfaite. »
« Enfin, c'est dans cette maison qu'est établie « la petite et bien simple administration de « rCEuvre. »
« On a souvent eu la pensée d'y former un « magasin et comme un dépôt des instruments «propres aux différents états que veulent « exercer les Savoyards; on l'a même commencé « plusieurs fois ; mais toujours il s'est trouv
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« épuisé aussitôt par le grand nombre de de^ « mandes auxquelles il a fallu fournir , sans R pouvoir les satisfaire toutes. »
« Dans des commencements si heureux et « des succès si marqués , il est difficile de mé- « connaître la main de Dieu qui bénit la con- « fiance , et n'a jamais manqué à ceux qui êspè- « rent en lui. Grâces à sa divine providence « et à la charité des fidèles, carFOEuvren'apas «( eu d'autres fonds ; on n'a jamais été arrêté 't par le défaut d'argent pour son établisse- «tment; mais il ne suffit pas de fonder, il « faut soutenir , il faut même améliorer et « étendre quand cette bonne providence nous « en indique les moyens. Il ne faut pas la « devancer y disait souvent et si sagemept le « digne abbé Duval ; fnais il ne faut pas moins « se garder de rester en arrière , ilfautmar- «c cher avec soin à côté d'elle; c'est ici'^la per- <• sévérance à laquelle la couronne est promise.
« Or , c'est à ces améliorations que les fidèles
■ soiU encore appelés à concourir par leurs «largesses. On a pensé qu'il suffisait de pré- «senter sommairement à ce sujet quelques t considérations propres à soutenir le zèle de^ « personnes pieuses pour le maintien etJ'ag- « grandissement d*une œuvre si utile. »
Ce qu'il serait le plus important d ajouter à l'atelier de la rue de Sèvres, si les fonds que la charité lui accorde étaient plus abondants, ce serait des dortoirs ou l'on pourrait faire coucher tous les enfants délaissés qu'on trouve à Paris à chaque pas, et qui n'ont de compagBon et de protecteur que leur chien, leur singe ou leur marmotte. Quelquefois ces enfants se donnent à un métier dans lequel ils reçoivent plutôt de pernicieux exemples que de favorables secours. Ceux qu'on ne trouve pas , la nuit, gissants au Muil d un hôtel , ou blottis dans une
guérite, sont en quelque sorte ramassés dans une même chambre où ils s^enfoncent pèle et mêle , en des sacs bien noirs.
C'est là que, réchauffés les uns par les autres , ils se garantissent des rigueurs du froid. La charité chrétienne ne les attend pas toujours dans rétablissement qui leur est consacré. Elle ya les visiter aussi dans ces chambrées^ où elle apporte des dons et des paroles de bienfaisance. C^est un spectacle plein d^atteudrissement que de trouver le soir, dans un sixième étagfedes faubourgs, plus de trente de ces enfants agenouillés avant de se coucher pour réciter leur prière. Ils ont dans la chambre , collées à la muraille , des images de Dieu crucifié , de la sainte Vierge et du grand saint François-de-Sales , leur patron. Et là ces enfants, qui n'ont reçu d'autre apanage que la pitié des hommes, rendent
grâce à ce Dieu trop souvent oublié par
ceux qu'il a comblés de tous ses dons. Et
peut-être en effet leur destin est -il une prédilection divine , et l^s lits de soie
ont des insomnies qui respectent le grabat du mendiant !
Lorsque j ai composé mes élégies savoyardes et que j'en ai destiné le produit à ces malheureux , j'ignorais dans quelles mains je le déposerais. Lorsque j ai connu le chef de cet établissement , celui qui sans autres devoirs que ceux qu'il s'impose lui-même ( il n'est pas ecclésiastique), consacre sa vie à ces soins respectables, je me suis applaudi du succès que la charité des salons avait donné à cet ouvrage , parce que je me suis convaincu qu'on ne pouvait faire une distribution plus sage et plus convenable des fonds que j'ai remis. Ces pauvres enfants m'ont
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bien récompensé du peu que j avais fait pour/eux ; ils sont venus m'inviter à assister à leur première communion; cette cérémonie a lieu dans la petite église des Missions Étrangères ^ le jeudi d après le dimanche du bon Pasteur. De toute»
celles de notre culte, c'est peut-être la plus attendrissante. On ne peut se défendre d une profonde émotion à Taspect de cette piété simple et confiante de l'enfance, de ces larmes qui coulent à un âge où Ton ne connaît pas le remords , et qui senîblent un à^compte sur celles que doivent coûter un jour les peines de la vie.
C'est ordinairement une gra nde dignité ecclésiastique qui distribue le pain des anges à ces malheureux. Une chose surtout admirable dans le christianisme, c'est de n'oublier jamais que les pauvres sont
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particulièrementles enfants d'un Dieu qui a vécu pauvre comme eux, etde consacrer régalité religieuse, en relevant leur misère de toutes les pompes de l'Eglise. Un jeune ecclésiastique monta en chaire après la cérémonie, et avec des paroles évangéliques les entretint davantage de ce qu'ils devaient espérer que de ce qu'ils devaient Ssiire : ( ils n'avaient qu'à persévérer dans le bien. ). Il leur dit que la vie était mauvaise pour tout le monde , et que Dieu lui-même l'avait supportée ainsi : son discours , enfin , communiqua une émotion profonde à toutes les personnes assemblées ' dans rÉglise des Missions, parce qu'il partait d un cœur profondément ému, et qu'il était simple comme ceux auxquels il était adressé.
Voilà ce qui se passe au milieu de Paris, et dont il est bon peut-être d'informer les
gens du monde, qpi pourraient donner quelque douceur à cette vie qui les fatigue si souvent, s'ils y mêlaient quelque œuvre de bienfaisance ou de piété.
Nous ne saurions mieux recommander aux personnes charitables de toutes les conditions, l'œuvre des petits Savoyards, qu'en transcrivant ici ce qui termine la note qui a été publiée en 1819 , et dont nous avons déjà parlé. '
« Des distributions de, sellettes de décret- « teurs, et autres instruments de divers états, «ont été faites aux SavoyardsfMDn conçoit « encore combien il serait utile de ne renvoyer « aucune demande sans y avoir satisfait. »
« Quelques secours pécuniaires ont été don- « nés aux plus nécessiteux, quelques avances « faites à des hommes connus, de la sagesse « et de l'exactitude desquels on était assuré. Il « serait aussi doux qu'avantageux à TOEùvro
« de pouvoir accueillir favorablement toutes « les requêtes de ce genre. «
c< On en a dit assez pour faire connaître « l'Œuvre, et ce qu'elle est et ce qu'elle pourrait
• être , à l'aide de moyens plus étendus ; assez, «on l'espère, pour inspirer un vif intérêt.
« Dieu donnera lui-même l'accroissement à son « œuvre en disposant les cœurs , et le suc-
* ces qu'il voudra à ce peu de mots, y
«Les personnes qui désireraient concourir « à cette bonne œuvre sont priées de vouloir « bien remettre leurs offrandes à M. l'abbé « Desjardins , curé des Missions ; à madame la « marquise de Croisy , rue de Sèvres , n® 19; « ou à M. Alphonse de la Bouillerie , payeur « du trésor de la Couronne , aux Tuileries.