LE DÉPART
~ Tant que mon lait put te suffire , Tant qu*an travail utile à mes bras fut permis ,
Heureuse et dëlassëe en te voyant sourire ,
Jamais on n*eût ose me dire :
Renonce aiix baisers de ton fils.
Mais je suis veuve; on perd sa force avec la joie.
Triste et malade , où recourir ici?
Où mendier pour toi ? Chez des pauvres aussi ! Laisse ta pauvre mère, enfant de la Savoie;
Va, mon enfant, où Dieu t'envoie.
Mais, si loin que tu sois, pense au foyer absent; Avant de le quitter, viens, qu'il nous réunisse. Une mère bénit son fils en l'embrassant :
Mon fils, qu'un baiser te bénisse.
LE DÉPART. 3o
Vois -tu ce grand ohéncy là -bas?
Je pourrai jusque-là t'accompagueri, j'espère. Quatre ans dëjà passes, j*y conduisis ton père;
Mais lui, mon fils, ne revint pas,
Encor, s'il était ià pour guider ton enfance, U m'en ooûterait moins de t'éloigner de moi; Mais tu n'as pas dix ans et tu pars sans défense. . . Que je vais prier Dieii pour toi !.. .
Que feras- tu , mon fils, si Dieu ne te seconde ? Seul , parmi les méchants ( car il en est au monde ) , Sans ta mère , du moins, pour t'apprendre à souffrir... Oh ! que n'ai -je du pain, mon fils, pour te nourrir!
Mais Dieu le yeut ainsi : nous devons nous soumettre :
Ne pleure pas en mé quittant ; Porte au seuil des palais un visage content.
4o LE DÉPART,
Parfois mon souvenir fafSigera peut-être
Pour distraire le riche , il hni chauter pourtant.
Chante y tant que k vie est pour toi moins amère ; Enfant, prends ta marmotte et ton lëger trousseau ^ Répète, en cheminant, les chansons de ta mère,. Quand ta mère chantait autour de ton berceau.
Si ma force première eocor m'était donnée»
J*iraisy te conduisant moi-même par la maln^ Mais je n'atteindrais pas la troisième journée; Il faudrait me laisser bientôt sur ton chemin : Et moi je veux mourir aux lieux ou je suis née^
Maintenant de ta mère entends le dernier vœu r Souviens-toi, si tu veux que Dieu ne t'abandonne, Qne te seul bien du pauvre est le peu qu'on lui donne. Prie , et demande au riche : il donne au nom de Dieu. Ton père le disait; sois plus heureux : adieu.
LE DÉPART. 4i
Maïs le soleil tombait des montagnes prochaines , £t la mère avait dit : Il faut nous sëp^irer;
Et Fenfant s'en allait à travers les grands chênes. Se tournant quelquefois et n'osant pas pleurer.