L'AMOUR
Reçurent la fille d'Ismène Frënëtique , et livrée au courroux de Vi^nus.
Venus y garde-nous sous tes heureux auspices !
Que nous servent les sacrifices Aux autels que T Alphëe entoure de ses flots ? Que nous sert d'honorer le palmier de Dëlos , £t le trépied Delphique et ses vains aruspicés ? Peuples, c'est la déesse aux regards tout puissants',
Cest Vénus qui veut notre encens.
Assise sur la poupe , en jeune Néréide ,
Argo la vit sourire au jeune fils d'iEson ,
Et bientôt, dans les champs de l'avare Golchide ,
A tous les monstres d'Hespéride Ravir , en se jouant , la fatale toison.
Dieux ! fille d'OËétès , quelles chairs palpitantes
S*agitent dans tes mains de meurtre dégouttantes
iio L*AMOUR.
Oh ! refuse à Venus ton sacrilège bras :
Fille horrible* en fuyant, tu jettes à loti père Les lambeaux sanglants de ton frère , Tu sèmes son fils sur ses pas.
Sur le prophitftiqpe navire Venus est remontée ; et la fille des mers N'est plus la Nërëide au oëleste sourire ;
Cesl une fille des enfers ; Elle a suivi Jason dans la cite d'Ëlphire. *
]M[alheureux ! entends^u ces longs/ gémissements ? Tes fib n*ont plus de mère ; et, tu n*as plus d'épouse. Une épouse nouvelle attendait tes serments ;
Elle expire dans les tourments ; Car ce n*est pas en vain que Médée est jalouse.
O Gorinthe , reine des flots !
Jeune vierge promise aux pompes dlolchos !
* C«HBtli«.
UAMOUR. III
Voile , lit nuptial , guirlandes^embaumëes !
Espérances du cœur si vite consumées !
C'en est fait ; à travers les cris et les sanglots ,
Médée a répandu ses larmes enflammées , Mille fois plus envenimées Que tous les poisons de Golchos...
O Vénus , sois propice à ces rives aimées; Visite , 6 Dioné , tes autels de Paphos.
2lflar et 3j5ma^l;
lO.
Dieu lai.ssa-t-il jamais ses enfants au besoin ?
Raciite. — Athalie.
AGAR ET ISMAEL. ii5
Zjinr H J^mMl
•Lie vent souffle au dësert , mon fils, arrêtons-nous
Ta bouche est presque sans haleine :
Reposons-nous ici : tes yeux s'ouvrent à peine ; Tu dormiras sur mes genoux.
Non , laisse-moi chercher un fruit qui te soutienne ; L'ombre de ce palmier du soleil te deTend ;
ii6 AGAR ET ISMAËL.
En attendant que je revienne , Dors , si tu peux , mon cher enfant. »
Et la mère, tremblante, et cachant ses alarmes , Ne vit qu'un sable aride , et se prit à courir : Puis s'assit à l'écart , s'écriant toute en larmes : « Je ne veux pas le voir mourir.
Il pleure , et pour calmer la soif qui le dëvore Dans ce vaisseau d'argile il ne reste plus rien ; Nous ne sommes pourtant qu'à la troisième aurore La tente d'Abraham à Gessen brille encore , Et mon fils est aussi le sien!..
Lui qui fut si joyeux de ton premier sourire , Mon fib , tes derniers pleurs l'ont à peine attendri Et moi , qui l'aime encor, dans mon fatal dëlire , Je maudis ma beauté , ce sein qui t'a nourri ; Mais lui , je ne puis le maudire.