‹ Poëmes et chants élégiaquesChapitre 39 sur 40 · SUR LE POÈME D'ISAURE · texte numérisé non relu

SUR LE POÈME D'ISAURE

i)^otre=S)ame be fiimoujc.

C^RES de la ville de Limoux, sur une petite éminence au pied de laquelle la rivière d'Aude coule parmi des jardins, fut bâtie , il y a environ quatre siècles, en l'honneur de la vierge , une chapelle , qui est connue dans tous les environs sotis le nom de Notre-Dame de Mar-

aSa NOTES.

seille. La chapelle est vaste, d'une architecture élégante, et l'intérieur en est richement orné. A côté, sur le même plateau, s'élève l'habitation du sacristain et du vieux prêtre auquel on accorde cette belle retraite en récompense de longs services : cette masse de bâtiments assez pittoresquement construits > et que domine un long clocher, couronne d'une manière raviss^mte le paysage coupé de prairies et de vignobles , que la rivière dessine entre la chapelle et la ville. Deux chemins sinueux conduisent de l'une à l'autre ; et dès les premiers jours de septembre , ils sont continuellement couverts de peuple , tant est grande l'affluence des pèlerins qui descendent des Pyrénées et des Corbières , ou remontent de la plaine et des vallées du Razès. Au bas de la côte , commence ce qu'on appelle la dévotion. De là à la chapelle la route est pavée et coupée à intervalles égaux, de iongues bandes de pierres qui marquent les stations^ de manière que

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toute cette partie est divisée pour les prières , càmme un long chapelet qu'on aurait étendu. C'est là que , dès la nuit du 8 septembre , un grand nombre de femmes , parmi lesquelles quelques vieillards et quelques jeunes gens y se rassemblent à genoux et dans un profond silence, montent ainsi dévotement et lentement jusqu'au parvis de l'église , et de là, toujours dans la même attitude , jusqu'à la chapelle particulière de la Vierge, où leurs prières se terminent, en baisant les franges de la robe bénite, et en déposant une offrande dans le tronc, qui est au pied de la Madone.

Cette Madone est en bois , d'une structure assez informe , et d'une couleur très-noire. On raconte qu'elle fut miraculensement trouvée dans un champ, au même lieu où l'église a été élevée depuis. Un vieux laboureur éprouvait une extrême difEculté à faire achever à ses boeufs un sillon commencé. Il y avait un endroit du champ où ces animaux ralentissaient

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leur marche, s'arrêtaient et s'agenouillaient; ïe laboureur, un jour, les ayant pressés plus long-temps et plus inutilement que de coutume, fit enfin le signe de la croix , et s'agenouilla comme eux. Le maître du champ survint, et ayant ouï ce que son serviteur lui racontait,, il ordonna qu'on fit rentrer les bœufs, rassembla quelques hommes de &on village , et , sous les yeux du curé qui s'était rendu sur les lîetrx , fit creuser la terre , où l'on trouva cette même madone de bois , qui figure aujourd'hui dans tme niche dorée , chargée d'offrandes et environnée d'adorations et de prières.

Ici , comme à Notre-Demie d'Eas près de Baréges, et dans la plupart des chapelles de nos Pyrénées, l'église est ouverte et éclairée toute la nuit, durant l'Octave; et toute là nuit des jeunes filles qui se groupent par villages, chantent successivement des cantiques, causent assez bruyamment, et dorment, ou sur les larges dates, ou dans les stalles enfoncées. 71 y a un puits

au imlieu de Tégli^e, qui fournit de Teau à tous les repas qu'on y prend en commun ; et tous les parvis sont occupés par des marchands de sucreries 9 de gâteaux , de joyaux et de chapelets. Tout cela donne à cette fête relieuse ^ne physionomie toi^t antique et presque païenne. Le christianisme du Nord est plus sévère ; mais

le Midi est sous l'influence du même soleil, qui animait les théories de Délos et d'Athènes ; et toute l'austérité chrétienne^ très-bien comprise par le cœur des peuples du Midi , est tempér rée et en quelque sorte embellie par leur imagl^ nation, dèsque leurs sentiments religieux se manifestent par le culte extérieur. On dirait qii'ils veulent se dédommager, par l'éclat qu'ils donnent à cette mapifcstation solennelle , delà con-* trainte plus rigide peut-être qu'ils imposent h ces méme^ sentiments^ lorsque leur culte en^'ers Dieu s'établit au fond de leur ame, fit Vq^ rc-^ marquera* que les austérités de la vie monastique y les renoncements absolus au monde >

les sacrifices de la nature elle-même , nés d'abord sous le soleil de l'Orient, ne se sont perpétués que dans le midi de l'Europe ; tandis que , transportés par imitation dans les contrées du Nord , où le climat et les caractères sont naturellement séyères et paisibles, ils y sont devenus en quelque sorte inutiles, et s'y sont tout-à«fait perdus.

Je ne terminerai point cet article sur Notre. Dame de limoux, sans parler de la fontaine qu'on trouve à mi-côte , et qui donne goutte à goutte une eau à laquelle on attribue des effets merveilleux ; car elle guérit, dit-on , la £èvre, les maladies des yeux, et plusieurs autres maux qu'on recommande à la Vierge, en faisant le signe de la croix et récitant desjéve ilfarta. Quelques superstitieuses qu'elles puis* sent paraître à bien des gens, toutes ces croyances sont au moins respectables, parce qu'elles sont pures ; et je ne sais pas ce qu'on gagnerait à détruire la confiance que

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le cœur leur accorde naturellement. Où se-* raient donc les (Consolations . d'ici-bas , si on ôtait à la prière ses espérances?

2'ji.

Mnllnntie.

•LiZB trappistes , venus d'Angleterre où ils s'étaient réfîigiés sous Tempire , ont troové audelà de Nantes , à quatre lieues de Châteaubrianty une ancienne abbaye de leur ordre , qui n'avait guère souffert que des dégradations y et qui leur a été rendue par son propriétaire : c'est l'abbaye de Meilleraye. Ils s'y sont transportés aussitôt , et en moins de quatre ans, ont réparé de leurs mains les paities rui-

%So NOTES.

Qée$ de c^ yasto édifice; introduit dans les champs qui en dépendent une agriculture , d'après les meilleurs systèmes anglais, qui sert de règle et de modèle à toute celle de la Bretagne; décoré l'^tise avec un luxe simple, mais digne de sabeHe destination; et rétabli enfin dans leur monastère y cette touchante hospitalité, si noble par son désintéressement, et si utile par les bons exemples, dont elle procure Tavan* tage aux voyageurs pieux. Je n'entrerai pas dans les détails de la réception faite par les so^ litaires aux étrangers qui les visitent. On a pu* bliét SHr 06 sujet, de^s r^laMpns très intérêt sautes et tr^^^xaçtes« Je me contenterai de rendi^conipiederiinppessipnquej'ail reçue moim^eaumlieu de ce.clQÎi;reMlçnei«ux^dQnt les aust4ri|é3 parais^nt si effrayantes avx.g^ns du monde. Elle a été toute différgpte .de .celle que j'atitendais, prévenu moi^ném^ psir )es pi:é- JHgi^ des 3alQiiis,.cp9)qiiç si le mpnde n'avait pas a\mi se$ austérités, et mille fois plus cnielles^

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parce qu'elles sont involontaines. AMeilleraye, une paix douce et en quelque sorte solennelle, parce qu'elle est continue, s'empare du cœur dès les premiers instants. H y a tant de sérénité et de confiance dans la physionomie de ceux que nous appelons malheureux , qu'il en pénètre toujours une partie dans l'ame la plus oppressée; on se sent bien, malgré soi, là où l'on pensait que les autres devaient être si mal. Et c'est avec moins d'effroi , et même de pitié, qu'au bout de quelques moments, on regarde les lits de planche et le pain noir de ces hommes , qui les ont préférés aux couches voluptueuses et aux festins somptueux; car il n'y a de douleur que dans la privation forcée; et toutes les fois que la volonté de l'homme est d'accord avec son destin , le sacrifice devient une consolation, parce que sa consciencetrouve en lui une sorte d'acquit pouV le passé, et une espérance presque certaine pour l'avenir.

C()f)eur« be ^t)xx\)a»

Je ne joins pas aux chœurs de Myrrba des notes mythologiques, parce que je laisse à la mëmoire et à Tinstruction de mes lecteurs le soin d'y suppléer.

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