‹ Poëmes et légendesChapitre 15 sur 83 · POSEIDON · texte numérisé non relu

POSEIDON

Les feux du soleil se jouaient sur la mer houleuse ; au loin sur la rade se dessinait le vaisseau qui devait me porter dans ma patrie, mais j'attendais un vent favorable, et je m'assis tranquillement sur la dune blanche, au bord du rivage, et je lus le chant d'Odysseus, ce vieux chant éternellement jeune, éternellement retentissant du bruit des vagues, et dans les feuilles duquel je respirais Thaleine ambrosienne des dieux, le splendide printemps de î humanité et le ciel merveilleux d'Hellas.

Mon généreux cœur accompagnait fidèlement le fils de Laërte dans ses pérégrinations aventureuses ; je m'as-

seyais avec lui , la tristesse dans Pâme, aux foyers hospitaliers où les reines filent de la pourpre, et je l'aidais à mentir et à s'échapper heureusement de l'antre du géant ou des bras d'une nymphe enchanteresse ; je le suivais dans la nuit cimmérienne et dans la tempête et le naufrage , et je supportais avec lui d'ineffables angoisses.

Je disais en soupirant: 0 cruel Poséidon, ton courroux est redoutable; et moi aussi, j'ai peur de ne pas revoir ma patrie.

A peine eus-je prononcé ces mots que la mer se couvrit d'écume , et que des blanches vagues sortit la tête couronnée d'ajoncs du dieu de la mer, qui me dit d'un ton railleur :

«Ne crains rien, mon cher poétereau! Je n'ai nulle envie de briser ton pauvre petit esquif ni d'inquiéter ton innocente vie par des secousses trop périlleuses ; car toi, rimeur innocent, tu ne m'as jamais irrité, tu n'as pas ébréché la moindre tourelle de la citadelle sacrée de Priam , tu n'as pas arraché le plus léger cil à l'œil de mon fils Polyphème , et tu n'as jamais reçu de conseils de la déesse de la sagesse, Pallas Athéné. »

Ainsi parla Poséidon, et il se replongea dans la mer; et cette saillie grossière du dieu marin fit rire sous l'eau Amphitrite, la divine poissarde, et les sottes filles de Nérée.

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