‹ Poëmes et légendesChapitre 43 sur 83 · LA RENCONTRE · texte numérisé non relu

LA RENCONTRE

La musique retentit sous les tilleuls, c'est là que dan- ' sent les garçons et les filles du village; il y a aussi là deux personnages que nul ne connaît; ils sont sveltes et élégants.

Leur danse a des balancements étranges, ils se regardent en riant , ils secouent la tête ; la belle femme murmure à l'oreille de son cavalier :

— «Mon beau sire, à votre chapeau vert pendille certain lis qui ne croît qu'au fond de l'Océan. — Vous ne descendez pas , à coup sûr, de la côte d'Adam.

« Vous êtes un ondin , un fils de la mer, vous venez pour séduire les petites villageoises. Je vous ai reconnu du premier coup d'œil à vos dents d'arêtes de poisson. »

Ils se livrent tous deux de nouveau aux balancements étranges de leur danse; ils se regardent en riant, ils secouent la tête; le cavalier murmure à l'oreille de sa danseuse :

— « Ma belle demoiselle , dites-moi un peu pourquoi votre main est aussi froide que de la glace? Dites-moi un peu pourquoi l'ourlet de votre blanche robe est trempé d'eau?

c< Je vous ai reconnu du premier coup d'œil à vos révérences moqueuses. — A coup sûr, tu n'es point une

fille d'Eve, tu es un enfant des eaux , ma petite cousine Pondine. »

Les violons se taisent, la danse est finie, le beau couple se sépare fort civilement. — Tous les deux se connaissent malheureusement trop.

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