L'ENNUYE
Si je dois mourir, que ce soit dans un champ vaste et noble ! Ne me laissez pas étouffer dans cet étroit monde de boutiquiers.
Ils mangent bien, ils boivent bien, ils jouissent de leur bonheur de taupes, et leur générosité est aussi grande que le trou du tronc des pauvres.
Ils se promènent le cigare à la bouche et les mains dans les poches; leurs facultés digestives sont bonnes, mais qui pourrait eux-mêmes les digérer?
Ils trafiquent avec les épices du monde entier, et cependant dans l'air de leur cité , en dépit de toutes les épices, on sent toujours l'odeur putride de harengs et d'âmes corrompus.
Oh ! que je puisse avoir le spectacle de grands vices, de crimes sanglants et immenses! Épargnez-moi la vue de cette vertu qui a bien dîné, et de cette morale qui paie à l'échéance.
Nuages qui passez sur ma tête, emportez-moi avec
vous en quelque lieu lointain! en Laponie, en Afrique, même en Poméranie — Plus loin, plus loin encore !
Oh ! emportez-moi avec vous ! — Ils ne veulent pas m'entendre. Les nuages qui voyagent là-haut, sont malins : lorsqu'ils passent au-dessus de cette ville, ils accélèrent leur course aérienne.
— Écrites en 1842.