LES TISSERANDS SILÉSIENS
(Écrit après la grande émeute des ouvriers en Silésie, où les troupes prussiennes ont été victorieuses.)
Ces hommes sombres à l'œil sec ne versent pas de larmes; assis devant leur métier, ils chantent en grinçant les dents: «Vieille Allemagne, nous tissons ton linceul , nous mêlons à notre tissu mainte malédiction — nous tissons, nous tissons.
« Maudit soit le dieu , le dieu des heureux à qui nous avons adressé nos prières dans les froides nuits d'hiver
et dans les longs jours de la famine. Nous avons en vain attendu et espéré; il nous a trahis, trompés et bernés — nous tissons, nous tissons.
« Maudit soit le roi, le roi des riches, dont nous avons en vain imploré la miséricorde. Il a pressuré de notre poche le dernier liard, et à présent il nous fait mitrailler comme des chiens — nous tissons, nous tissons.
« Maudite soit notre patrie allemande, ce pays où ne prospère que l'infamie et l'opprobre, où chaque fleur se flétrit avant de s'épanouir, où tout pue le mensonge et la putréfaction — nous tissons, nous tissons.
« La navette vole, le métier craque. Nous tissons le jour, nous tissons la nuit — Vieille Allemagne, nous tissons ton linceul, nous mêlons à notre tissu mainte malédiction — nous tissons, nous tissons. »